L'AMPHITRYON GOURMAND

(POEME SANS "E")
Il mourut sans amis,
Aux abandons narquois
D’un soupir, trop trahi
Par vos chants si sournois
Hurlant un sang mauvais
Qui, noir ou sourd chagrin,
Disait sans fin : « Tu savais ! »
Ainsi dort un si joli faquin.
L’amphitryon gourmand
N’aura plus un frisson
Pour courir au matin rutilant,
Pour pâlir aux vains horizons,
Caïn fourbu, sans Foi,
Laissant à vos noirs abandons
Un cri mûr aux abois,
Mort, sur un lit sans pardon.
Car, quand, au jour maudit,
A trop haïr l’Inconnu,
A fuir vos lourds taudis,
Vos soupirs ingénus
Iront, au fond d’un puits sans fin
S’abrutir, titubants
Pour roidir au froid matin,
La Mort saura voir vos corps gisants.
Dans vos bals trop blafards
L’amphitryon fatal
A fait à vos cachots vantards,
D’un soupir abyssal
Un chant du jour finissant
Qui court aux frissons pâlis,
Ravaudant vos soupirs fulminants.
Un Sort a puni vos jours vains, tant salis.
Il faudra pourtant vos illusions
Pour, aux infinis, mourir à jamais
Quand, dans un flot d’incantations,
Ira pourrir la chair dans un fracas mauvais.
Las, vaincus, agonisants,
Nous irons, sans un mot
Sans habits, malfaisants
Immolant nos cachots.
-----------------------------------------------------
L’amphitryon gourmand,
Fils d’un roi du Couchant
Survint au jour maudit
D’un amour affadi.
Il mourut sans amis,
Aux abandons narquois
D’un soupir, trop trahi
Par vos chants si sournois
Hurlant un sang mauvais
Qui, noir ou sourd chagrin,
Disait sans fin : « Tu savais ! »
Ainsi dort un si joli faquin.
L’amphitryon gourmand
N’aura plus un frisson
Pour courir au matin rutilant,
Pour pâlir aux vains horizons,
Caïn fourbu, sans Foi,
Laissant à vos noirs abandons
Un cri mûr aux abois,
Mort, sur un lit sans pardon.
Car, quand, au jour maudit,
A trop haïr l’Inconnu,
A fuir vos lourds taudis,
Vos soupirs ingénus
Iront, au fond d’un puits sans fin
S’abrutir, titubants
Pour roidir au froid matin,
La Mort saura voir vos corps gisants.
Dans vos bals trop blafards
L’amphitryon fatal
A fait à vos cachots vantards,
D’un soupir abyssal
Un chant du jour finissant
Qui court aux frissons pâlis,
Ravaudant vos soupirs fulminants.
Un Sort a puni vos jours vains, tant salis.
Il faudra pourtant vos illusions
Pour, aux infinis, mourir à jamais
Quand, dans un flot d’incantations,
Ira pourrir la chair dans un fracas mauvais.
Las, vaincus, agonisants,
Nous irons, sans un mot
Sans habits, malfaisants
Immolant nos cachots.
-----------------------------------------------------
L’amphitryon gourmand,
Fils d’un roi du Couchant
Survint au jour maudit
D’un amour affadi.
26 commentaires
worrell02 · le vendredi 11 janvier 2013 à 17:40
Un texte à la façon de Berg ou de Molère ?
Amitiés
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 11 janvier 2013 à 18:44
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
bluegirl · le vendredi 11 janvier 2013 à 19:50
oliverjane1950 · le vendredi 11 janvier 2013 à 21:50
Je suis déjà passé lire ton poème mais sans laisser de com. Donc me revoilà !
Un texte long et sans "e", chapeau !!! Le temps que tu as mis à le faire, peu importe ( C'est le secret de l'auteur ) seul le résultat compte ! Et nous savons tous qu'un poème sans notre voyelle indispensable à notre langue est un exploit ! C'est ton deuxième poème sans"e" ! donc, deux exploits !!!
Comme tu disais dans ton com , le tiens ne reflète pas la tendresse. C'est un autre genre et c'est très bien que nous sommes des poètes différents dans les sujets, formes, etc...
Les siècles passent, les millénaires et je n'ai pas l'impression que les choses changent beaucoup en profondeur... L 'homme est un caméléon aux moeurs variées au fil du temps...nous donnant l'impression d'évolution. Mais le pourquoi des conflits est toujours présent et camouflé judicieusement par le Malin...; jalousie, susceptibilité, mensonge, vol, etc...
A choisir, je préfère tout de même vivre notre époque.
Une belle lecture poétique Philip.
Amitiés...
Oliver
didou · le vendredi 11 janvier 2013 à 21:51
Amitié didou --
http://www.mespoemes.net/didou
worrell02 · le samedi 12 janvier 2013 à 01:05
(Left out the wrong 'E ' ) Smile!
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02
Dedeye · le samedi 12 janvier 2013 à 07:51
J'ai aimé te lire une fois de plus et encore bravo.
Amitié André
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 12 janvier 2013 à 11:43
J'ai mesuré qu'il n'était pas évident d'écrire sans "e". J'ai ouvert au préalable les Contemplations de V. Hugo, pour voir ! Oh là, là ! La langue française est truffée de "e". Ca réduit vachement le déroulé de l'histoire que l'on veut conter à travers le poème. Pourquoi "Amphitryon gourmand" ?. C'était un titre - pour un futur poème - que j'avais noté voici un an. Le thème aurait pu être celui d'un bon vivant qui a plaisir à partager la bonne chère avec ses amis (c'est la définition de l'amphitryon). En plus de ça, ce fut le déclic, dans "amphitryon gourmand", il n'y a pas un seul "e". Ne cherchez pas la gourmandise, elle n'est pas dans le poème. Eh bien ; dans mon écrit, je réserve à l'Amphitryon un triste sort : cet Amphitryon, sorte de Prince prétentieux et imbu de sa personne, va finir sa vie et mourir....sans amis qui vont tous le délaisser. Mais il renvoie la leçon aux autres. Une sorte de petit conte moraliste, quoi ! Rien à voir avec la pièce de Molière, du même nom.
Amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 12 janvier 2013 à 11:44
Vraiment très heureux que mes vers aient pu t'inspirer. Et c'est vrai que ton "Miroir qui glace" est magnifique. Ces idées qui rebondissent de poètes en poètes, c'est une forme de partage. C'est bien.
Pour DEDEYE :
Merci, cher André. Tu as raison, un poème, quel qu'il soit, a une vie propre, dont chaque mot est une respiration. Oui, sans être le meilleur, j'honore, je vénère la langue de Molière. Elle est si riche (je me souviens avoir appris dans les Ecoles d'Administration que l'on désignait les aller-retour quotidiens des gens qui prennent les transports chaque jour pour aller au boulot puis rentrer chez eux - le métro-boulot-dodo ! - du doux nom technocratique de......"migrations alternantes"). Belle richesse de cette langue de Molière, n'est-il pas ? Pour l'amour des mots et de leurs agencements et rimes, je pourrai dire que TOUS les poètes que nous sommes avons vocation, non pas à être les meilleurs, mais à donner le meilleur à notre langue française.
Pour DIDOU :
Défi relevé par toi, me semble-t-il ?
Pour OLIVER :
D'abord, parce que la fierté et l'orgueil, à bien les regarder ne sont pas toujours des défauts, eh bien c'est dans ce sens que je te dirais que je suis.......fier du peu de temps que j'ai passé pour écrire ce poème. Pas 20 minutes, car l'exercice est rude, mais tout juste un peu plus d'une petite heure ! Pas grand mérite, puisque cela a coïncidé avec un retour d'inspiration, une envie d'écrire, urgente. Ca booste l'esprit ! Juste la difficulté de redémarrer avec l'obstacle de bannir le "E". Tu l'as vécu, ça restreint énormément le vocabulaire. Pour le fonds, tu as bien compris le sens moraliste que j'ai voulu imprimer à ces vers. La poésie sert aussi à faire réfléchir - comme si elle était notre miroir - à tous les défauts (les qualités aussi) de l'âme humaine.
Merci d'avoir re-lancé ce petit défi.
Amitiés sincères à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Loïc · le samedi 12 janvier 2013 à 13:08
A plus Philip !
oliverjane.1950 · le samedi 12 janvier 2013 à 13:58
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 12 janvier 2013 à 14:05
Merci à tous les deux.
Les "e" de Loïc viennent d'être remplacés :
- "......vos jours vains, TANT salis"
- "La Mort saura voir VOS corps gisants".
Pour les "é" que tu signales, Oliver, attendons le verdict du Maître et de la vox populi. S'il faut les changer, on s'y pliera avec grâce. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
domidom · le samedi 12 janvier 2013 à 15:28
Faut dire que ce n'est pas évident et je vous tire mon chapeau, vous êtes tous très imaginatifs et surtout, très rapides....
Grands bravos à tous....
Mon cher Loïc, c'est ton défi, il faudrait penser à l'honorer sérieusement.....
Bisous à vous deux.....
Domie...
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 12 janvier 2013 à 16:19
Ben moi aussi, en me lisant et relisant avant de poster, j'avais vu quelque "e", mais il y en avait encore et ils étaient sous mes yeux. Ne reste plus que la problématique du "é" !
Va voir le dernier com' que j'ai fait à Oliver, je suggère des idées de nouveaux défis. Bisous. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
belespoirs · le samedi 12 janvier 2013 à 20:00
http://www.mespoemes.net/belespoirs
bravo ! un bien bel ecrit et sans "e" ! beau défi ! j'ai un peu de retard , prise par le temps j'arrive après tout le monde mais comme on dit "vaut mieux tard que jamais ! " encore bravo !
Amités
oliverjane1950 · le samedi 12 janvier 2013 à 21:54
Une autre idée... dans " avis desmembres " ouvrir une page pour titre : poèmes sans "e", et mettre tous les sans "e" sur la même page. De même pour le sans verbes, etc. Si Loïc veut bien car lui seul pourra faire les copier/coller avec l'accords des poètes concernés.
Amitiés Philip
Oliver
Loïc · le dimanche 13 janvier 2013 à 02:51
Pour ce qui est de la page Avisdesmembres regroupant des poèmes sans E, c'est facile à faire. J'espère juste que mettre à l'honneur des poèmes aussi exigeants dans la forme ne serait pas perçu comme une apologie de l'acharnement non-poétique et du coupage de cheveux en quatre (comme tout ce qui précède dans mon commentaire, d'ailleurs).
Après, on peut faire cette page tout en indiquant que si d'autres poètes veulent ensuite une autre page regroupant des poèmes d'un autre genre réunis par des caractéristiques spécifiques, ça peut se faire aussi (et là je prie pour qu'on ne me dise jamais "Faisons une page sur les poèmes d'amour !").
Philip, je reviens maintenant sur le fond de ton poème : rien que le titre, déjà. Tiens, contrairement à d'autres poèmes où tu disais que le titre était trop détaché du fond, cette fois c'est l'inverse ; pour qui sait d'où ça vient, il est très expressif, il est même self-sufficient. Pour le reste, son ancrage dans ta réalité n'a pas forcément à être sujet de discussion ici non plus, mais il y a une chose qui m'interpelle et dont on peut discuter philosophiquement : je vois au fil du poème "l'amphitryon gourmand" passer de son identité de victime de la Mort à une identification à la Mort elle-même ("l'amphitryon fatal"). Victime ET perpétrateur, donc. Et la conclusion du poème est applicable aux deux états.
Quant à ce qui est de la fin de toutes choses, évoquée dans une très grande partie du poème, je ne vais pas me hasarder, à mon âge, à dire ce que la mort m'évoque ; mais pour ce qui est des morts mineures qui n'entraînent pas la fin de la vie, on peut dire platement que rien n'est fini tant que ce n'est pas fini. Le présent peut brouiller les lendemains, mais ça ne les empêchera pas d'arriver, plus clairement (et sereinement). Tout au moins, c'est une possibilité qu'on ne peut pas se refuser.
Amitiés Philip !
Loïc · le dimanche 13 janvier 2013 à 03:00
Bises à toi !
http://www.mespoemes.net/cellox2
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le dimanche 13 janvier 2013 à 08:23
Oliver et Loïc ayant considéré (de façon absolument pas dictatoriale) qu'en bonne logiques les é, è, ê ne sont rien d'autre que des "e" avec accent, comme promis, j'ai modifié mon poème en modifiant le mot "épais" (c'était dans "....fracas épais" et "dévot" (c'était dans "immolant nos dévots").
Les vers en question deviennent donc :
- Ira pourrir la chair dans un fracas MAUVAIS. Le "fracas épais" était sympa en ce sens qu'il mêlait un mot évoquant la matérialité (l'épaisseur) avec quelque chose d'immatériel (le bruit). Mais "mauvais" sous un autre registre souligne mieux le côté lugubre de la chair morte, corrompue. Good shot, donc. Mais cela implique qu'il y aura dans le poème, deux fois l'usage de l'adjectif mauvais (vers 5 : "hurlant au sang mauvais"), que je souhaite laisser. Car musicalement, il rappelle, comme un hommage à Verlaine, le "vent mauvais" de sa Chanson d'Automne. Et le vers , au début du poème annonce le climat morbide (dans le sens de "maladif") du récit.
Il reste que les puristes feront remarquer que l'on ne fait pas trop ce genre de répétition dans un poème.
- Immolant vos cachots : à la place de "dévots". Cela donne un autre sens.....rédempteur, à la dernière ligne (avant les 4 derniers vers de post-face) : allégorie à l'Homme qui se terre, se cache dans ses propres cachots. Il en sortira enfin (plus libre ?), après les avoir brûlés, détruits. Merci qui ? Merci l'Amphitryon ! Et puis même effet : immoler, geste sacrificiel, s'adresse à des personnes pas à des objets.
Donc, mission accomplie : plus un seul "e" dans le poème (au détriment du double usage de "mauvais").
Amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le dimanche 13 janvier 2013 à 08:52
En effet, partant de la recherche à tout prix de ne pas coller de "e" dans mon poème en y mettant des mots n'en comportant pas, mon récit, en apparence semblait relever de l'écriture automatique. En fait, sans m'en rendre compte, il est très structuré. Je t'en ai souligné certains points d'ordre latent hier soir par mail. Bluegirl l'évoque également (dans sa réponse à Domie sur son poème). En fait, ce qui est marrant, c'est que je ne me suis aperçu vraiment qu'hier de ce contenu subliminal, alors que le poème a été écrit vendredi après-midi. Comme il me fallait bien commencer ce fichu poème sans "e", j'ai écrit le premier vers au feeling : "il mourut sans amis". Le sort de mon Amphitryon était scellé dès le début !
Lorsqu'il y a un an, j'avais noté ce titre de futur poème, j'avais dans l'idée d'écrire quelque chose de très rabelaisien sur le thème de la bonne chère. Là, il n'en a rien été. Et, avec la prétention (toujours inconsciente, je le répète, tout au long de ma rédaction) d'en faire une sorte de conte moraliste, comme tu l'as remarqué, mon Amphitryon est devenu A LA FOIS victime et perpétrateur. On voit ainsi apparaître dans les 2 dernières strophes l'adjectif possessif "vos" ou un associatif "nous".
Pour BELESPOIRS :
Merci, chère poétesse. A l'occasion, si tu as le temps, tu es la bienvenue pour t'amuser à entrer dans le jeu de nos petits défis. Amitiés.
Pour OLIVER :
Je fais un communiqué aux membres, pour expliquer tout cela. Amitiés.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
oliverjane1950 · le dimanche 13 janvier 2013 à 09:32
Comme la longueur de tes vers est irrégulière j'avais pensé que tu pourrais changer l'un des deux " mauvais " par " imparfait " ! Mais l’atmosphère du vers est différente, il me semble. Bon, c'est toi l'auteur, donc tu t'débrouilles (lol).
Bon dimanche
Amitiés
Oliver
http://www.mespoemes.net/oliverjane1950
bluegirl · le dimanche 13 janvier 2013 à 20:41
larose · le lundi 14 janvier 2013 à 17:18
Comme d'hab. rien à dire, tu sais semer merveilleusement ton jardin!!! Merci pour ces belles fleurs embaumées!!! Biz
salus · le mercredi 15 janvier 2014 à 13:32
Mon vieux !
Un tour de force, si j'en crois ta vitesse de croisière...
Chapeau,
Salus
scorpionne · le samedi 30 juin 2018 à 13:51
Pour m'être moi-même prêtée à ce genre de défi sans E, je sais, ô combien, l'exercice est difficile, surtout que la voyelle E est très présente dans notre belle langue française. De plus, tu as corsé le défi en composant un poème. Double performance. Félicitations Philip !
Je te souhaite un très agréable week-end.
Avec toutes mes amitiés,
Jocelyne
Philip (Jardin de Lune) · le dimanche 1 juillet 2018 à 09:09
Hello, Jocelyne. Ah, merci. C'est une "connaisseuse" qui apprécie ce petit défi.
Oui, c'est fou ce que le E est présent dans nos mots de la langue française !
De ce fait, c'est vrai, composer un vrai poème, avec quand même une histoire, ce n'était pas évident, sans immodestie (sourire).
Merci donc d'avoir aimé, et le poème et la petite performance. Très amicalement. Philip.
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