Une infâme adorée (hommage à Charles Baudelaire)

(Hommage à Charles Baudelaire)
Au solstice éperdu où le soleil cruel
Du froid matin d’hiver étreint les oraisons
Des roides fossoyeurs geignant, sourde gravelle,
Une infâme adorée attends la guérison.
Phtisique Célimène au minois fatigué,
Qu’enflamme un lourd passé de sinistre Madone,
La belle est anémiée de s’être trop donnée
Aux pauvres voyageurs, aux tristes épigones.
Oubliée des vauriens que des rêves ont flétris
Quand leur flambeau livide éclaire les masures
Et que leurs chants transis assomment les taudis,
La belle a le teint flou qu’invoque la jaspure.
Quand je la vois fardée de son sinistre ennui,
Dans les salons dorés où se moire l’absinthe
Et se meurent enivrés les bourgeois éconduits
Elle reste souveraine en écoutant leur feintes.
Et pour ce cœur fané j’accorde ma prière
Qui résonne en ces murs comme un soupir ému.
Les chemins de sa nuit trop souvent meurtrière
Iront un soir enfin, rejoindre l’Absolu.
Alors tu seras libre à l’aube retrouvée,
Qu’au matin Dieu absout de sa miséricorde
Quand il faut repartir, pleurer sur le pavé
Quand les noirs tombereaux brisent tous nos désordres.
Au solstice éperdu où le soleil cruel
Du froid matin d’hiver étreint les oraisons
Des roides fossoyeurs geignant, sourde gravelle,
Une infâme adorée attends la guérison.
Phtisique Célimène au minois fatigué,
Qu’enflamme un lourd passé de sinistre Madone,
La belle est anémiée de s’être trop donnée
Aux pauvres voyageurs, aux tristes épigones.
Oubliée des vauriens que des rêves ont flétris
Quand leur flambeau livide éclaire les masures
Et que leurs chants transis assomment les taudis,
La belle a le teint flou qu’invoque la jaspure.
Quand je la vois fardée de son sinistre ennui,
Dans les salons dorés où se moire l’absinthe
Et se meurent enivrés les bourgeois éconduits
Elle reste souveraine en écoutant leur feintes.
Et pour ce cœur fané j’accorde ma prière
Qui résonne en ces murs comme un soupir ému.
Les chemins de sa nuit trop souvent meurtrière
Iront un soir enfin, rejoindre l’Absolu.
Alors tu seras libre à l’aube retrouvée,
Qu’au matin Dieu absout de sa miséricorde
Quand il faut repartir, pleurer sur le pavé
Quand les noirs tombereaux brisent tous nos désordres.
23 commentaires
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 29 janvier 2013 à 04:24
Tout d'abord, Baudelaire avait couché sur un carnet des idées, des titres de poèmes qu'il n'a jamais écrit. Parmi ceux-ci figurait ce titre "Une infâme adorée". J'y ai mis des mots par dessus.
Mon second hommage est celui que je veux rendre au grand poète qui avec d'incroyables mots, qui pourtant sont des mots d'amour, exprime sa tendresse à une pauvre fille de joie "la Louchette", dans le poème intitulé "Je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre" (que j'ai posté en page 1 de mon répertoire). Baudelaire, écorché, était un homme de coeur. Je me suis transporté dans ce Paris du XIX° siècle où j'ai trouvé, non pas Louchette, battant tristement le pavé, mais Célimène, pauvre mondaine inventée.
C'est aussi un hommage à toutes ces pauvres filles exploitées sur qui la vie a posé un noir glaçon à la place de leur coeur mort à jamais.
"Si vous la voyez, trainant dans le ruisseau, un talon déchaussé, Messieurs, ne crachez d'injures à cette pauvre créature que déesse famine a, par un soir d'hiver, contrainte à relever ses jupons en plein air" écrivait Baudelaire. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
larose · le mardi 29 janvier 2013 à 09:35
Magnifique écrit, un très bel hommage à ce poète et à sa belle de nuit!!!! Merci pour ce beau partage!!! Bonne journée
Biz
katline13 · le mardi 29 janvier 2013 à 09:41
http://www.mespoemes.net/katline13
Bonjour, désoler de répondre aussi tardivement mais avec les cours ce n'est pas très évident. Merci pour votre commentaire, et oui Didou m'en avait parler ! et bien en parlant de Douai, je suis justement de Douai !
Bisous, Kate.
katline13 · le mardi 29 janvier 2013 à 09:43
http://www.mespoemes.net/katline13
J'aime beaucoup votre hommage ! et surtout les mots que vous utilisé, merci pour ce partage !
belespoirs · le mardi 29 janvier 2013 à 09:56
http://www.mespoemes.net/belespoirs
merci pour ce bel hommage à Baudelaire ! et aussi pour cette délicate pensé pour les filles exploitées et perdues dans cette nuit qu'est devenue leur vie
Baudelaire avait un grand cœur dis tu , le tiens n'est pas mal non plus !
Amitiés
domidom · le mardi 29 janvier 2013 à 13:43
Au plaisir de te lire...
Amitiés....Domie...
didou · le mardi 29 janvier 2013 à 13:58
merci pour cet ouvrage qui n'a pas emprise sur le temps...
amitié didou ---
http://www.mespoemes.net/didou
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 30 janvier 2013 à 07:21
Le grand Baudelaire semble, au fil des jours, être mon poète préféré. Mais il y en a tant d'autre, merveilleux, que ce choix est un peu subjectif : ce que j'aime chez lui, c'est son humanité qui transparait à travers ses vers qui saignent très souvent. Merci d'avoir aimé mon petit poème, pas très original cependant.
Pour ROSE :
Merci, à toi aussi, d'avoir aimé ces vers.
Pour KATE :
Chère douaisiène (!), merci d'avoir aimé mon poème et la sensibilité que j'ai voulu mettre dans mes mots. C'est important les mots, n'est-ce pas ? Ce n'est pas toi que je vais convaincre, car quand on lit tes poèmes, on voit qu'il est évident que TES mots à toi, ne sont pas choisis au hasard. Bon courage pour tes cours, eh, il n'y a pas que la poésie dans la vie, il te faut préparer ton avenir. Bisous. Philip.
Pour BELESPOIRS :
Merci d'avoir aimé. Tu me dis "ton coeur n'a l'air pas mal, non plus ?". Oui, j'ai de la générosité et de l'empathie à revendre...mais mon coeur est hélas capable des pires désastres. Mais, tant que l'on jette au moins un regard aimant sur le monde, tout un chacun a le bénéfice de ne pas être trop mauvais.
Pour DIDOU :
Ah, au XIX° siècle, dans les cafés fréquentés par les poètes, elle coulait à flot l'absinthe. Mais ça n'empêchait pas Baudelaire de pleurer la misère du monde, dans ses vers, avec lucidité, et non pas le cerveau embrumé d'alcool. Moi, ce poème, je l'ai écrit...à jeun, je puis te l'assurer. Lol !
Amitiés à toutes et à tous. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
worrell02 · le mercredi 30 janvier 2013 à 10:01
Bizz
Amitiés. Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02
belespoirs · le mercredi 30 janvier 2013 à 10:07
http://www.mespoemes.net/belespoirs
Philip quand on sait rendre hommage aux autres c'est aussi que l'on a de la générosité
Bonne journée Amitiés
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 1 février 2013 à 13:48
Merci d'avoir aimé mon poème. Avec mon imagination, j'ai quasiment visualisé cette pauvre Célimène que la vie misérable a trop prématurément fanée. Je lui ai donné ce prénom de Célimène car, chez Molière, c'est l'épouse du Misanthrope. Le reste n'est empathie...même pour des personnages que j'ai totalement inventés.
Pour BELESPOIRS :
Oui, je pense, au fond de moi, avoir un peu de générosité. Mais elle n'empêche pas les faiblesses humaines dont je ne suis (hélas) pas exempt.
Pour IVY :
Certes, ce n'est pas non plus un Grand poème, mais j'avais envie d'écrire quelque chose de pas trop mal, sur un sujet qui ne m'était pas personnel. J'ai retrouvé le chemin des jolis mots et des jolies tournures.
Bises à toutes les trois Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Agrippa ( Thierry Demercastel ) · le dimanche 3 février 2013 à 14:33
http://www.mespoemes.net/cauria
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le dimanche 3 février 2013 à 17:00
Merci, cher poète. C'est souvent lorsque je me transporte mentalement au XIX° siècle, où mon regard intérieur emprunte les pas des Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, que, par mimétisme ma plume se met au diapason de ce siècle, dans l'écriture poétique.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le dimanche 3 février 2013 à 20:06
Ah, Lola, tu la connais bien mon empathie pour le Monde et elle est sincère. Et cette question, bien sûr : "pourquoi je modère (sans cesse) mes qualités généreuses ?". Pas pas fausse modestie, et pas non plus parce que je n'ai pas d'empathie pour moi-même. Je crois que c'est peut-être pour qu'on ne m'idéalise pas trop dans mes qualités. Tu sais bien les dangers de l'idéalisation.
Sur notre site, il est facile de penser que ce Philip a toute les chances du monde : poète enthousiaste, voyageur, musicien.... Chance aussi d'avoir une certaine Culture. La belle affaire ! En fait, sans me sous-estimer aucunement (je suis relativement fier de ce que je suis "globalement") je veux simplement montrer qu'avec cette chance "un peu insolente", je ne suis pas un être exceptionnel : pas un grand poète, pas un grand artiste.....simplement la rançon d'un immense enthousiasme. Quant à me qualités humaines, tu sais bien qu'il suffit qu'un seule fois je fasse du mal, cela, pour moi, efface tout le reste du bien que j'ai pu faire dans ma vie. Mais, tu le vois avec ce poème, si j'ai de l'empathie pour des personnages purement imaginaires, c'est parce que ce sont des être humains qui auraient très bien pu exister....et qui existent même. Et, je crois que je ne changerai jamais. Enfin, merci de ce que je prends pour un gentil compliment. Prends bien soin de toi, surtout. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
katline13 · le mardi 5 février 2013 à 11:09
http://www.mespoemes.net/katline13
Bonjour, effectivement je suis entièrement d'accord avec vous ! Vous m'avez fait beaucoup rire dans cette phrase " En tout cas, lorsque le ciel au-dessus de Douai est sans nuages et l'atmosphère pas trop polluée, contemple dans la nuit la voûte céleste " ^^
Anachor · le dimanche 17 février 2013 à 16:59
les magnifiques accents de Baudelaire.
Si tu n'avais pas mis comme titre Hommage à Baudelaire, j'aurais quand même pensé à lui.
Amitié
Anachor
debbie · le jeudi 22 mars 2018 à 14:54
Qui résonne en ces murs comme un soupir ému.
Les chemins de sa nuit trop souvent meurtrière
Iront un soir enfin, rejoindre l’Absolu. "
C'est si beau et émouvant.... merci de ce partage.
Amitié
Debbie
Philip (Jardin de Lune) · le jeudi 22 mars 2018 à 17:13
Je vois que tu continues à te promener sur mes poésies (sourire !).
C'est très sympa. Tu vois, quand je te dis que je suis un grand fan de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud et que parfois, je les imites !
Ce poème faisait écho à de magnifique poème de Baudelaire (sans vrai titre) que l'on nomme par "poème à Louchette".
En effet, j'ai voulu y mettre de l'émotion.
J'ai un poème nouveau déjà prêt qui sera un peu à la manière de Rimbaud, cette fois, et en hommage à Kafka. Amitiés. Philip.
debbie · le jeudi 22 mars 2018 à 20:23
Bonne soirée
Amitié
Debbie
Philip (Jardin de Lune) · le vendredi 23 mars 2018 à 05:03
Amitié et belle journée, Debbie.
Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
debbie · le vendredi 23 mars 2018 à 08:34
Amitié Philip !
Belle journée à toi
Debbie
scorpionne · le lundi 9 juillet 2018 à 10:00
Baudelaire n'aurait pas renié les mots que tu as mis sur son titre "Une infâme adorée".
J'ai particulièrement apprécié cette strophe :
"Et pour ce cœur fané j’accorde ma prière
Qui résonne en ces murs comme un soupir ému.
Les chemins de sa nuit trop souvent meurtrière
Iront un soir enfin, rejoindre l’Absolu."
Bon lundi à toi, cher Philip.
Très amicalement,
Jocelyne
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 9 juillet 2018 à 10:46
Merci pour ce compliment que je sais sincère.
Même si l'on m'a dit un jour que l'on ne peut vraiment écrire comme l'on fait les grands poètes que nous admirons, sans faire preuve d'une immodestie prétentieuse, mais j'ai la satisfaction d'avoir écrit quelque chose de sympa.
Mais, ce sont mes petits défis perso d'écrire "à la manière de…"
Très amicalement. Philip.
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