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chroniques et rimailles

CESAR le Rouge

Le jeudi 10 janvier 2008 à 13:31, posté par patrick · 658 lectures

Illustration du poème « CESAR le Rouge »
Le rêve est beau ce matin là, endormi, bien au chaud.
Dans ses draps de toile grise, changés de frais la veille
C'était jour de lessive, dans le coron, rue des abeilles;
Il se voit près du canal, en capitaine d'un gros bâteau.

Une jeune fille aux nattes blondes, vers lui s'amène,
Dents blanches et beau sourire, sûr qu'elle est belle!
Elle lui tend la main, le souffle est court le bruit l'éveille
Toutes les sirènes des carreaux de fosse se déchaînent.

César se jette au bas du lit qu'il partage avec p'tit Jules
De trois ans son cadet, trop jeune pour la barrette de galibot*
Lui a déjà dix sept ans, quatre ans de fond, à soigner les chevaux
La rue est en émoi, ça gueule aux portes, les femmes hurlent.

Mèlées au crachin de ce matin de mars, les larmes des épouses
La nouvelle est tombée comme un couperet, la fosse 3 a explosée.
Ebêté, César a du mal à comprendre,ni à bien vraiment réaliser.
C'est sa fosse, celle de son père et de sa jument la Frimousse.

Une boule d'horreur dans le ventre, pieds nus, il court là-bas
Toutes et tous pétris d'angoisse, virevoltent, sautent aux nouvelles
Les gardes ne peuvent maîtriser cette marée d 'incompréhention humaine
Mais la vérité bien vite, les poignarde, comme un couteau qui s'abat.

De confusion en réfléxion, César s'assoit sur un amas de boisage
Cela fait deux jours qu'il ne travaille pas, à cause de ce maudit puteux*
Ses bronches en sont brûlées, il mouche noir et crache comme un tuberculeux
Ce samedi 10 mars 1906, vole au-dessus de lui un lourd présage.

Ce qui s'en suivit n'améliora pas la condition dite " humaine "
Des gens de là-haut, ces boyaux rouges, souvent trop courageux
Aux épaules larges et solidaires, mes origines, mes bons aîeux!
César, mon grand père, milita toute sa vie, parfois jusqu'à la haine.

Parce qu'il vit Clémenceau faire donner la troupe contre les femmes
Il refusa la médaille, 10 ans plus tard, au chemin des Dames.
Parce qu'il se souvenait que des sauveteurs Allemands les avaient aidés
Il m'a souvent dit qu'il fermait toujours les yeux, lorsqu'il tirait.

César le Rouge, mon Grand père, je te dédie mon respect
Galibot de Méricourt, ton sang est bien sûr, aussi le mien.
Fier que je suis de mes origines, de toi, tout mon être déteint!
Et j'écrirai, toujours et sans cesse, en défenseur des opprimés.

Mon devoir de mémoire.
galibot*Mineur de moins de 18 ans
Puteux* grisou mélangé de gaz carbonique
Le 10 mars 1906 la catastrophe dite de Courrières tua entre 1008 et 1095 hommes.
La direction des houllières ne fût pas inquiétée.

9 commentaires

Vincent · le jeudi 10 janvier 2008 à 13:38

bel hommage à une certaine idée de l'humanité !! prend soin de tout ce passé Vincent

Michel (Signes de Vie) · le jeudi 10 janvier 2008 à 14:10

Merci à toi, Patrick, pour ce texte. Amitié

catherine · le jeudi 10 janvier 2008 à 14:35

Le passé de nos ancêtres nous habite toujours. Beau texte Patrick. Amitié pour toi

Agrippa · le jeudi 10 janvier 2008 à 19:28

Magnifique comme toujours , un plaisir de te lire , amitié Agrippa

Ivydall · le jeudi 10 janvier 2008 à 19:52

Un retour en force comme dab!Merci pour ce beau partage l'homme au grand coeur!Amitié.Ivy

Niala (espoirs) · le jeudi 10 janvier 2008 à 20:05

trés joli Patrick, la nature t'inspire, Amitié

belady (myriam ) · le jeudi 10 janvier 2008 à 20:12

J'ai aimée te lire patrick, Amitié Myriam

béatrice · le jeudi 10 janvier 2008 à 20:38

un bel hommage à cet homme et à ses compagnons dont on envie pas la vie, mais le courage.

MARYLOU 02 (les mots bleus) · le vendredi 11 janvier 2008 à 08:49

bonjour voila une belle leçon de courage merci de ce partage bisoussssssssssssssssssss

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