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Le samedi 25 octobre 2014 à 01:08, posté par René · 522 lectures

J'aurais voulu mes mots en habits du dimanche,
J'aurais voulu les voir jouer sur des tréteaux
Ou s'étaler, bronzés, impudiquement beaux,
Les faire miroiter au soleil des vacances.

J'aurais voulu mes mots fringants, faisant la fête,
Dansant le menuet comme d'anciens marquis.
J'aurais voulu !... Mes mots ?.. Ils sont las et meurtris,
Pauvres soldats vaincus qui portent leur défaite.

Mes mots, mes pauvres mots, travaillent en usine,
Calleux, crasseux, graisseux, merdeux, poudreux, brûlés !
Ils sont en salopette, ils sont durs, ils sont vrais.
Mes mots, mes pauvres mots, sont soumis aux machines.

Ils ont été créés par la vie ouvrière
Et portent aussi l'odeur du lisier sur les champs.
Mais ils savent encor s'élever par le chant.
Ils sont pleins de saveur s'ils n'ont pas la manière.

Mes mots ! Mes mots à moi sont enfants d'hypothèques.
Loin des salons bourgeois où s'arrête le temps,
Ils vont de ville en ville affréter le printemps
Pour livrer l'univers à vos bibliothèques.

La vie est une guerre où jamais nul ne gagne.
Quand les mots sont trop vieux, la langue est en péril.
C'est en vain que l'écrit peut vaincre le fusil,
La langue franque meurt, suit celle de Bretagne.

Il lui manque le sang hardi de nos provinces,
Le basque , l'occitan, les parlers de pays,
Le breton, le flamand et les morceaux choisis
Des dialectes locaux, de l'argot vert et prince.

Et vous, Les Beaux Messieurs, membres d'académies,
Savants et professeurs détenant le savoir,
Industriels, richards, vous tous gens de pouvoir,
Sans cesse disposés à parler d'infamies,

Vous êtes assassins ! Je ne suis qu'incapable.
Où sont les clairs matins qui chantaient l'avenir ?
En vain vous ressassez vos très beaux souvenirs,
Pour n'avoir pas compris, vous êtes tous coupables !

Comment feront-ils donc demain pour s'affirmer,
Quand nos petits enfants PENSERONT en anglais ?
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4 commentaires

fokouajeancarlos · le samedi 25 octobre 2014 à 21:56

Très joli poème surtout dans le fond. Je crois que les politiques et les académiciens essayent de faire tout ce qu'ils peuvent pour sauver la langue française. Mais, il est des moments dans l'histoire où irrémédiablement, une situation s'impose à nous et dépasse notre entendement. Je suis un colonisé peut que je suis mieux placé pour répondre au débat qui est ouvert à la fin. Nos enfants penseront tout simplement comme le veut son vainqueur. Heureusement pour moi le Cameroun est bilingue. Il y a longtemps que j'ai été conquis par le français et l'anglais. Mais je ne regrette rien. Ce que j'ai perdu en abside, je l'ai gagné en ordonné.
J-C

rivaudais · le dimanche 26 octobre 2014 à 00:06

Bonjour ami. Merci pour ce commentaire. Je connais un peu le Cameroun (où j'espère retourner en 2015). j'ai d'ailleurs 4 enfants (ados maintenant) camerounais -devenus français- qui portent mon nom. Je serai ravi de correspondre . J'ai écrit ces lignes plus pour faire réagir que par désenchantement.

fokouajeancarlos · le lundi 27 octobre 2014 à 16:40

Bonsoir. Tu connais un peu le Cameroun mais assez pour savoir que je dois t'appeler mon "beau" (rires ). J'ai essayé dans mon commentaire de réagir, mais tu sais j'ai essayé de voir sous l'angle de l'africain. J'ai dû peut - être mal m'exprimer et je m'en excuse.

rivaudais · le lundi 27 octobre 2014 à 18:57

Ne t'excuse pas mon frère Tu m'as fait plaisir Toujours heureux de parler de ton beau pays Vive la Camair

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