20 ans après
Souviens-toi du vieux bistrot
où nous avions rendez-vous.
Nous étions jeunes et fous.
Et le monde était si beau.
Mais il pleuvait fort ma foi
quand nos yeux se sont croisés.
Il pleuvait encor la fois
où je t'ai pris un baiser.
Il pleuvait aussi le jour
(c'était un vingt-huit septembre)
où nous avons fait l'amour.
au sixième dans ta chambre.
Il a plu souvent depuis
le soir où tu es partie.
Depuis ce temps tout est gris,
ciel, moral et compagnie.
Sauf mes cheveux qui bien sûr
sont partis à ton exemple.
Mais dans la glace du mur
c'est bien toi que je contemple.
Tu es grise toi aussi
de lassitude et d'alcool.
Et voici que tu souris,
veux m'adresser la parole.
Mine de rien je t'évite.
Bien joué. Vade retro.
Garçon, vite l'addition !
Et pour l'amante, de l'eau !
Dinard 1991
Ce poème sans prétention est inspirée d'une histoire vraie, bien que fort différente. Je vais de (co)présider la Remise du Prix de Poésie de la Ville de Dinard (35) quand je fus abordé par une femme mal '" fagotée" comme on dit et manifestement ivre. J'ose le mot : le mot : une clocharde, mais n'y voyez aucune manifestation de dédain ou de dégoût. La preuve ? Ce qui suit. Une femme qui soudain m'a interpellé. :"René, tu ne me reconnais pas? C'est moi, Unetelle" . A ces mots, je la reconnus en effet. C'était l'ancienne fiancée d'un copain de mon équipe de foot, elle-même amie avec Jocelyne, ma copine de l'époque. Mais où était passée la superbe créature? Miss je ne sais plus quoi, qualifiée pour d'autres concours prestigieux (même celui de Miss France je crois). Trente ans ou plus avaient passé et la pauvre fille en avait bavé d'après ses dires et s'était laissée aller. Encore une victime de la vie ! Et les estivants, témoins de cette scène, nombreux en ce mois de juillet dans cette station balnéaire côtée, doivent se souvenir encore de ce monsieur endimanché avec son "noeud pap" et de cette femme sanglotante, enlacés et complices, qui parlaient du bon temps où tous deux étaient jeunes (et elle belle).
où nous avions rendez-vous.
Nous étions jeunes et fous.
Et le monde était si beau.
Mais il pleuvait fort ma foi
quand nos yeux se sont croisés.
Il pleuvait encor la fois
où je t'ai pris un baiser.
Il pleuvait aussi le jour
(c'était un vingt-huit septembre)
où nous avons fait l'amour.
au sixième dans ta chambre.
Il a plu souvent depuis
le soir où tu es partie.
Depuis ce temps tout est gris,
ciel, moral et compagnie.
Sauf mes cheveux qui bien sûr
sont partis à ton exemple.
Mais dans la glace du mur
c'est bien toi que je contemple.
Tu es grise toi aussi
de lassitude et d'alcool.
Et voici que tu souris,
veux m'adresser la parole.
Mine de rien je t'évite.
Bien joué. Vade retro.
Garçon, vite l'addition !
Et pour l'amante, de l'eau !
Dinard 1991
Ce poème sans prétention est inspirée d'une histoire vraie, bien que fort différente. Je vais de (co)présider la Remise du Prix de Poésie de la Ville de Dinard (35) quand je fus abordé par une femme mal '" fagotée" comme on dit et manifestement ivre. J'ose le mot : le mot : une clocharde, mais n'y voyez aucune manifestation de dédain ou de dégoût. La preuve ? Ce qui suit. Une femme qui soudain m'a interpellé. :"René, tu ne me reconnais pas? C'est moi, Unetelle" . A ces mots, je la reconnus en effet. C'était l'ancienne fiancée d'un copain de mon équipe de foot, elle-même amie avec Jocelyne, ma copine de l'époque. Mais où était passée la superbe créature? Miss je ne sais plus quoi, qualifiée pour d'autres concours prestigieux (même celui de Miss France je crois). Trente ans ou plus avaient passé et la pauvre fille en avait bavé d'après ses dires et s'était laissée aller. Encore une victime de la vie ! Et les estivants, témoins de cette scène, nombreux en ce mois de juillet dans cette station balnéaire côtée, doivent se souvenir encore de ce monsieur endimanché avec son "noeud pap" et de cette femme sanglotante, enlacés et complices, qui parlaient du bon temps où tous deux étaient jeunes (et elle belle).
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4 commentaires
La Mouche Nounouche · le vendredi 15 juin 2018 à 13:53
"mine de rien je t'évite"
"Et pour l'amante, pas d'eau ! "
entre autres belles expressions
En tant qu'ancien alcoolo repenti, cette poésie et cette histoire me parlent énormément.
Heureux aussi de voir que tu n'as pas eu peur de "t'afficher" avec elle comprenant cette déchéance, tant il est vrai qu'on ne sait jamais ce que la vie nous réserve.
Merci d'avoir donné vie à un de ces morts-vivants, ces fantômes aux âmes brisées qui sont si rares à pouvoir se réparer. . .
J'en fréquente encore pour saisir mon impuissance trop souvent mais j'en ai déjà aidé quelques-uns à revenir à une vie plus heureuse.
Las on ne peut aider que ceux qui l'acceptent. . . Amicalement Yves
Susan* Coquelicot * · le samedi 16 juin 2018 à 07:38
Merci pour ce bouleversant poème, ainsi que les commentaires qui me touchent beaucoup !
Dans ce monde, nous voyons tellement de personnes au reflet de ta poésie …
La vie souvent cruelle, les a entrainées vers cet état de déchéance, des gens seuls ayant pour unique ami une bouteille … !
Merci encore René, pour le beau partage émouvant.
Bon samedi.
Amitiés.
Susan
micheline1940 · le mardi 24 juillet 2018 à 22:28
Merci à vous, cher René, pour ce moment de vie...
Avec amitié,
Micheline.
liameliavq · le dimanche 28 octobre 2018 à 08:22
Tu as eu une idée excellente en laissant planer le doute sur l'identité et le départ (mort, séparation) de cette femme entre la première et la deuxième parties de ton poème. Cela donne du suspense et du mystère.
Je loue également ton élégance d'avoir recueilli le désir d'être reconnue de cette femme et d'avoir su lui donner un moment complice de partage.
Mon profond respect.
Amicalement.
LN.
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