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L’Amour en Cage
I
Vous avez, vous aussi, quelque chose d’un ange.
Le poète l’a dit, dans sa belle chanson
Aux accents chaleureux, d’une voix presque étrange ;
Et d’ailleurs vous portez un fort joli prénom
Puisque l’on vous nomma, au baptême, Alkékenge,
Ce qui vous va si bien, au Parc de la Mosson,
Où vous vendez des fleurs, en bouquets, en mélange,
Et surtout où vos yeux m’ont donné le frisson.
Sans doute auriez-vous inspiré Michel-Ange,
Tant la grâce se plaît en votre cotillon
Et j’aurai bien voulu vous aimer dans ma grange
Et là, comme l’Artiste, être un Pygmalion.
Car vous serez toujours la Beauté qui dérange
Sous le ciel de Provence ou dans le Roussillon ;
Un jour, il sera vain de verser ma louange
Et vous ne serez pas toujours ma Cendrillon.
II
J’allumerai quinquets, chandelles et bougies
Surtout, assurément, lanternes du Japon,
Pour écrire des vers et maintes élégies,
En rêvant, tard le soir, à votre beau jupon.
Je veillerai, la nuit, comme font les vigies
Des bateaux, en guettant les écueils, sur le pont,
Ou pareil à l’orant, lorsque les liturgies,
Dans son cloître perdu, montent jusqu’à l’ambon.
Car on vous nomme aussi, n’est-ce pas, Physalis,
Vêtue d’un bel habit donné par la Nature ?
Hélas ! Vous me fuyez, cachée parmi vos lys
Sans que j’ai pu goûter vos fruits sous la guipure.
Et dans mon cœur meurtri vous mîtes le saccage
Car nul n’a jamais pu garder l’amour en cage.
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