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La muse éconduite

le dimanche 20 juillet 2014, à 10:04. Posté par richard




    La Muse éconduite


    Non, Muse ! Laisse-moi, un instant, me détendre !
    Ne me harcelle pas, respecte mon repos !
    Abandonne ton luth, ta lyre et ton pipeau
    Afin que je sois fort pour pouvoir me défendre !


    Car tes charmes sont grands pour vaincre le Poète ;
    Que tes baisers sont chauds, profonds et généreux !
    Tes gestes à la fois tendres et vigoureux
    Sont ceux d’un cœur puissant dans le corps de l’athlète.


    Et pour me rencontrer après ta longue marche,
    Pour atteindre mon antre et venir jusqu’à moi,
    Tu vins avec l’espoir de me mettre en émoi,
    Par des sentiers étroits en passant sous une arche !


    Dans le silence épais des murs blanchis de plâtre,
    Etends tes pieds bleuis au feu de mes charbons,
    Mais, de grâce, surtout, réserve tes chansons,
    Pour des soirs plus heureux dans les reflets de l’âtre.


    Pose au sol ce grand sac qui blesse tes épaules
    D’où s’exhale un parfum fade d’alexandrins,
    Et ne m’abreuve pas à l’eau de tes quatrains
    Que l’on refuse même aux forçats dans les geôles !


    Et cesse de verser de tes larges amphores,
    Cette étrange boisson où trempent tes sonnets,
    La soupe de tes vers souvent assaisonnés
    Aux poivres éventés des pâles métaphores.


    Et tes césures n’ont pas de sels, pas d’épices
    Dans les maigres festins où Boileau se purgeât ;
    Dans son triste hôpital, Mallarmé s’insurgeât,
    Quant à moi, je les sue par tous mes orifices.


    Car je n’ai pas compris que tu poussas ma porte,
    Sachant que mon logis est dans l’obscurité ;
    Est-ce par amitié, est-ce par charité
    O toi qui fus toujours si généreuse et forte ?


    Car tu offris souvent les trésors de ta couche
    Aux penseurs les plus grands et aux plus fins esprits,
    Dont la postérité s’est nourrie des écrits
    Que tu leur inspiras au souffle de ta bouche.


    Des plus fameux d’entre eux tu fus l’enchanteresse
    Quand tu les caressas tendrement de ta main :
    Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Albert Samain…
    Et tant d’autres de qui tu devins la maîtresse.


    Car le premier d’entre eux t’avais perçue vénale.
    Bouge ou palais, ta chambre embaume tes liqueurs.
    Troubles-tu les esprits, veilles-tu sur les cœurs ?
    Peut-être es-tu Vénus sans être une Vestale.


    Mais moi ne pensant rien et n’ayant rien à dire,
    Je ne me sens pas prêt pour flatter tes appas
    Et ne veux surtout pas partager tes repas :
    Tu peux repartir, Muse, et n’oublies pas ta lyre !



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commentaires ( 10 ) (Ajouter un commentaire)
louis le dimanche 20 juillet 2014, à 10:45
----Très beau poème...Puissante muse!
Merci pour la lecture j'ai bien aimé
bon dimanche
amicalement...Sylvie
http://www.mespoemes.net/louis

Micheline 1940 le dimanche 20 juillet 2014, à 13:49
----Bonjour Richard,
Je reste confondue par la justesse et la beauté de vos vers ! Et tous ces sentiments que vous exposez, cette impression d'être tant sollicité par la délicieuse, impérieuse ou détestable Muse, font que les poètes se retrouvent dans votre écrit, et s'y promènent en pays connu, celui où on y trouve soit la consolation tant cherchée, ou bien le déni de toute chose, espérant un jour découvrir le ciel bleu de tous les bonheurs ... Il est certain que le poète a propension à la morosité, si ce n'est à la profond tristesse, et cet état lui extirpe du coeur ses plus beaux vers! Merci pour ce beau texte, et mille amitiés pour vous.
Micheline
http://www.mespoemes.net/micheline

Micheline1940 le dimanche 20 juillet 2014, à 13:55
---- Pardonnez moi Richard, mais vous aurez de vous-même rajouté ce "e" envolé à la frappe de "profond"e" tristesse ...
http://www.mespoemes.net/micheline

Salus le dimanche 20 juillet 2014, à 21:34
----
Muse éconduite ?
Ce souffle-là,
Jadis aila
L'ode subite !

Salut !
Salus

louis le lundi 21 juillet 2014, à 13:32
Je vous mets dans ma besace et reviendrai vous lire

Guy le lundi 21 juillet 2014, à 14:11
Muse, avec toi, s'amuse,
Ne serait-ce par ruse ?
Et sa lyre, italienne,
Chante doux, mais est chienne !

Très belle lecture Richard.
Amicalement
http://www.mespoemes.net/renato

louis le lundi 21 juillet 2014, à 17:11
-21 juillet 2014:<<Je vous mets dans ma besace et reviendrai vous lire>>.Je remercie ce commentateur, mais qui est-il?, puisque louis est mon login. Amitiés. Richard.---
http://www.mespoemes.net/louis

Domidom le jeudi 24 juillet 2014, à 17:31
Te lire et te relire fut un véritable plaisir....
Je ne sais pas si c'est une muse éconduite, mais je te félicite pour la façon dont tu as su la conduire jusqu'à nous....
Un beau classique, de beaux très alexandrins...
(deux petits hiatus)...
Une petite faute à une césure...
(Je les sue/par tous)...
J'ai adoré....
Amitiés, Domie...

de beaux alexandrins, presque parait
http://www.mespoemes.net/cerise

Domidom le jeudi 24 juillet 2014, à 17:32
(de très beaux)....
Toujours tête en l'air...
A plus, Domie...
http://www.mespoemes.net/louis

Ivy le dimanche 12 octobre 2014, à 14:12
Je tente de rattraper mon retard mais le temps a pris une bonne longueur d'avance !
Je reviendrai
Amitiés

La muse s'amuse

J'étais bien décidée aujourd'hui, à laisser ma plume se reposer
Mais une muse taquine est venue la réveiller
J'aurais bien aimé, ne serait ce qu'un jour
Qu'elle se retienne d'écrire tous ces tas de mots
Mais, c'était sans compter sur les ruses de la muse
Qui chaque jour que Dieu fait, aime que l'on s'amuse
Aux dépens de la page blanche, qui voudrait rester toujours sage
Sans qu'une tache d'encre quelconque ne vienne ternir son image
"Sais tu jolie plume, que si tu restes trop longtemps à te reposer
Ta belle encre limpide ne pourrait plus jamais couler
Et à quoi serviras tu, une fois toute asséchée
Toutes les pages blanches pourraient bien se moquer
Viens jouer avec moi; montres ce que tu sais faire!"
Alors ma plume l'a prise au mot, et s'est levée pour écrire

Ivydall avril 2007

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