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Lorsque j'étais dans le coma, en septembre 2013, à la suite d'une hémorragie cérébrale, des amis se sont rassemblés dans cette petite église, l'une des plus isolées du pays de Galles, sans autre voie d'accès qu'un chemin à gué, afin de prier pour mon rétablissement.
Merveilles, veillez sur nous, les humbles, dont les lèvres remuent dans cette église de campagne de Kilgwrrwg, nous attendons tous de vos nouvelles. Les arbres, vos fils, ne sont-il pas nus sous la tempête ?
J’étais trop bien au lit, un peu comme lorsque tout enfant, marmot d'un jeudi couronné de fleurs de carottes sauvages, dont il y avait tout un champ près de là arraché à la nuit, je séchais les cours prodigués à une classe d’élèves aux vêtements gris souris, aux cheveux ras, dans une classe surchauffée donnant sur une cour aux tilleuls inélégamment dépouillés. C'en était presque fini de ce corps illusoire qu'on avait pu entrapercevoir en gloire encore il y a peu, paquet d'os légers que, nu, je suis donc devenu, que j'aurais voulu laisser en legs pour qu'on les perce de trous et qu'on en fasse des flûtes afin que de plus indigents soufflent dedans un air inspiré et doux.
Je savais bien en mon for intérieur qu'un monde fécond attendait encore debout derrière eux de se manifester, eux ces fantômes gravitant vêtus de blanc.
Qu'on ne pourrait toujours me taire, me cacher, m'interdire encore moins, ce royaume profond dont nous venons et auquel nous devrons nous abscondre.
Sur le chemin du voyage, j'ai su qu'il y aurait un retour de flammes à défaut de bouquets, qu'elles ne feraient pas sécher les larmes de mes ultimes invités.
Ou qu'on pourrait ramasser près de mon âme harassée des coquillages, certains brisés d'autres miraculeusement intacts après que la mer a ragé, quand on aurait dispersé les cendres d'une vie entière, qu'on m'aurait ainsi rendu aux bras du monde que j'ai tant aimé.
Alors pour eux, ceux qui attendent de passer le gué qui permet de quitter Kilgwrrwg et de marcher sur la terre promise, je me suis changé en flocon, presque par vocation, quand je les ai tous vus tancer le ciel, libres, par la meurtrière qui me servait de fenêtre. Je suis reparti chez moi en douce, à l'anglaise, sur la pointe des pieds, par les fissures du temps.
Et je vous suis revenu, pour un instant seulement, fondu en larmes de pluie battante, évaporé en nuages errants dont les blessures ouvrent, les soirs d'orage, les ors de la gageure.
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