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La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles.
(Baudelaire)
Par les chaudes journées d’été que l’astre accable
En me grillant la peau tel un pain dans le four,
Je serais malvenu d’être nu sur le sable,
Maintenant que mon corps est inapte à l’amour
Et que mon ventre pend sous les excès de table.
Et mon esprit dans la saumure des tracas
Est empli de dragons, de larves et de wivres,
De vierges égorgées sur l’autel des Incas
Et de puissants alcools dont les vapeurs m’enivrent,
En rêvant d’éboulis roulant avec fracas.
Mais j’ai, pour abolir ces visions perverses
Et soulager l’ardeur des brulantes saisons,
Cette splendide nef dont les douceurs me bercent
Et dont les grands piliers portent des frondaisons,
Pleines de taches bleues qui tombent en averses.
Elle m’ouvre les baies de sa demeure immense.
Alors, en moi, la paix entre comme le jour ;
Elle étend, sous mes pas, un tapis de silence
Et m’étreint dans ses bras en un geste d’amour
En étalant l’onguent qui guérit ma souffrance.
L’on croirait visiter une église gothique ;
Il semble qu’en ces lieux s’élèvent des plains-chants,
Transportés dans les airs par quelque élan mystique,
Qui entonnent Complies dans les soleils couchants :
La moindre brise, ici, se transforme en cantique.
Souvent, dans les soirées transparentes et claires,
Un oblique rayon s’attarde dans l’humus,
Allumant des vitraux aux clartés d’adulaires ;
C’est l’heure où du clocher s’élève l’Angélus
Se mêlant aux frissons des voûtes séculaires.
Sans fin, je goûterai la paix de ces forêts,
Aux discrètes allées cheminant sous les hêtres
Et aux sources perdues dans les vallons secrets ;
Ici, mon âme, enfin, a établi ses aîtres
Aux voix des Te Deum et des Miserere.
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