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Un ciel errant soumis aux brises de Novembre,
Attriste longuement les bois nus et tordus,
Où tel peintre inconnu a parsemé de l’ambre
Dans la futaie qui geint comme des chiens mordus.
Dans l’horizon lointain, une rafale cambre
Chaque arbre au pied duquel des rêves me sont dûs
Et son souffle glacé le blesse et le démembre,
De tous ses oripeaux sur les rochers ardus.
Mais où fuir maintenant que l’azur est livide
Et que le gel s’apprête à me fendre les os ?
Les oiseaux sont partis et la nature est vide,
Les ombres de l’hiver tissent leurs noirs réseaux.
Un nuage, couleur de fer et main perfide,
A chassé toute vie de la mare aux roseaux,
Les forêts ont perdu leur senteur de gomphide,
Les paysans transis ont remisé leurs faux.
La nature, soudain, toute affectée de rhumes,
Est comme dévêtue sous les buttoirs d’un viol :
Pluie, tempête, ouragan, déferlement d’écumes,
Visages ravagés marqués au vitriol.
Et les chocs, à briser les tympans, des enclumes,
Dans un tohu-bohu d’orage cévenol,
Tapent dans mon cerveau enveloppé de brumes :
Je titube, hésitant, comme imbibé d’alcool.
Un coma délétère anéantit les hommes:
L’ennui, le noir ennui, hèle un hiver fatal ;
Quand ils auront mangé leur réserve de pommes,
Pourront-ils échapper au songe minéral ?
Et je m'enfuis, je cours à travers champs et chaumes
Evitant de sombrer dans un rêve létal;
Si des cloches, le soir, viennent sonner les psaumes,
Je reste indifférent à leur bruit de métal.
Et je longe les murs aux relents séculaires
Où se sont enfoncés loches et escargots ;
Les pluies ont effacé leurs blancs chemins de glaires
Et de bave sur les herbes et les fagots.
Et l’âme saturée de remords tutélaires,
Je marche lentement le long des marigots
Et des chemins de lente agonie des fougères,
Etranger aux soucis de lucre ou de magots.
Le temps, le temps félon, draine son baume antique
Et marque de son sceau comme on marque un bétail,
L'humain, l'humain sournois, fourbe, cruel, cynique,
Gauche et lourd tel un boeuf que l'on vend au foirail.
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