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Je suis hanté. L'Azur! L'Azur! L'Azur! L'Azur!
(Mallarmé)
Rien ne me vaut le calme infini des bruyères
Sur la lande où le roc brille sous les micas,
Ou sur les monts lointains où mes pas solitaires
S’enivrent au parfum âcre des arnicas.
Rien ne me vaut ce sol âpre et déshérité
Et cette glèbe acide ennemie des charrues,
Où, las de sa guenille et de l’austérité,
L’homme a fui, éreinté, les ronces et les rues.
Rien, enfin, ne me vaut ce ciel éblouissant
Et quand je marcherai dans les grès et le schiste,
J’aurai beau trébucher sur le chemin glissant,
Je chanterai ces lieux comme un apologiste.
Car ici, sur la terre où l’errance est vertu,
Le silence profond est une nourriture ;
Le poète égaré ne s’est jamais perdu
Dans le souffle des vents caressant sa figure.
Et quel est le Léthé, quel est l’Hadès, l’amphore
Qui donneraient un lait plus puissant et plus chaud ?
Je le boirai sans fin jusqu’au bout de l’aurore,
Comme sous la brebis se délecte l’agneau.
M’abandonnant alors, étendu sous les frênes,
A ces profonds sommeils habités par l’oubli,
Paisiblement bercé par le vol des phalènes,
Mon âme sera sourde à ce monde aboli.
Alors la paix viendra parmi l’houlque et la menthe,
M’envahissant, comblé de respirer l’air pur ;
Emu, je clamerai ma joie, la voix tremblante
Et, sans fin, je dirai :<< J’ai tant aimé l’azur>>.
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