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Quelques grains de pollen sur l'encre du poème
Martyrise le temps comme un coffre odorant
L'impétueuse enfance orne d'un diadème
Le souvenir des jours sur l'ombre du couchant
Chaque mot entendu en mon âme vacille
Je peux comprendre alors le son de l'angélus
Tout me reviens plus beau la muse d'or m'habille
Le soleil et l'amour se fondent confondus
Pourquoi fait-il si bon sous le lilas paisible?
Pourquoi mon cœur s'enflamme en écoutant l'oiseau?
Et qui d'autre que moi peut bien vivre sans bible
A-t-on vraiment besoin d'autre chose que l'eau?
D'autres jardins que ceux rêvant dans le silence
Quand je n'étais qu'un ange à l'âge de dix ans
Je croyais au bonheur et même à l'espérance
J'enviais le berger parcourant bois et champs
Je me souviens des fleurs, de la source qui chante
Des beaux hivers tout blanc, du papillon bleuté
Du tout premier baiser, de la caresse aimante
Et puis de mes parents de leur sérénité
Je garde encore en moi le soleil de l'enfance
L'odeur des foins coupés dans l'antique grenier
Ravive en ma mémoire un souffle de vacance
Et dépose avec soin l'effluve d'un rosier
Si je ferme les yeux la senteur d'églantine
Ressuscite avril blanc , le chant du rossignol
Comme un album photos ma dolence chemine
Et vient m'ensoleiller tout comme un tendre alcool
Courtisane au miel pur, j'évoque ici l'abeille
Avec ses ailes d'or elle embrasait l'été
Fileuse de lumière à son froufrou s'éveille
Ma divine innocence avec avidité
La plume entre mes doigts s'édulcore sans cesse
C'est mon trésor caché qui jamais ne vieilli
C'est un peu le muguet, cadeau de ma jeunesse
Retenant un moment le vol de mon esprit
Que j'aime respirer les relents de la ferme
Cette effluve Comtois dont mon cœur est éprit
A mon encre se mêle et mon âme s'enferme
Au cloitre des aïeux où le passé revit
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