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Pendant des jours, ils ont arpenté le massif
Montagneux, en frappant sans relâche la roche
A l’aide d’un burin, d’un marteau, d’explosif,
Récoltant maints échantillons pour leur sacoche.
Le soir, dans la solitude du campement
De fortune, sous le tremblement des lanternes,
Rédigeant un rapport sur un affleurement,
Ils se réconfortaient au vin de leurs citernes.
Ils avaient déroulé ces cartes de couleurs
Dont eux seuls connaissaient les traits ésotériques
Et leurs doigts caressaient ces bleus pleins de langueurs,
Ce rêve minéral aux senteurs jurassiques.
<< Attention – dit l’un d’eux – à ces conglomérats !
Ce n’est pas étonnant – dit un autre – les failles
Risquent de nous causer d’énormes embarras,
Evitons, si l’on peut, la zone des écailles. >>
Ils convinrent alors d’acheminer l’enfer
Des machines après les tests et les épreuves
Et l’on ne distingua qu’un nuage dans l’air
Et des boues jaunes qui s’écoulaient dans les fleuves.
Un jour, il arriva de gros excavateurs
Dans l’opaque tohu-bohu de la fournaise,
Qui tels des morts de faim, qui tels des prédateurs,
Avec voracité, rongèrent la falaise.
Alors, les blocs livrés à l’énorme appétit
Des concasseurs armés de solides mâchoires,
Se mirent à craquer et, petit à petit,
Devinrent des graviers ou cendres dérisoires.
Les mécaniques, sans répit et sans émois,
Dans le décor hallucinant d’une géhenne,
Vibraient, ronflaient, criaient, crachaient depuis des mois
Leur hargne, leur venin, leur colère et leur haine.
Si bien qu'il a fallu apaiser le courroux
Des assauts répétés et pervers de l’usure.
Un manœuvre, afin de resserrer des écrous,
Fut sommé de grimper dans la superstructure.
Il s’affaira, là-haut, à changer un rivet,
Mais une poutre en fer lui bloquant la cheville,
Rien d’une chute alors ne pouvait le sauver,
Dans la trémie sans fond, sans couvercle et sans grille.
On eut beaucoup de mal à rassembler ses os
Eparpillés parmi les éclats de calcaire,
Son esprit retourna dans l’immense cosmos,
On ne lui consacra pas même un reliquaire.
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