Poèmes d'Henri Durtal

 

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L'histoire du silure

le jeudi 18 janvier 2018, à 10:12. Posté par Henri DURTAL


    L’ HISTOIRE DU SILURE


    C’était un soir de juin, à l’aire où se reposent
    Les vacanciers cherchant le calme en bord de Loir,
    Jouissant d’un lieu béni, où chacun d’eux dispose
    D’aménagements prévus, selon leur bon vouloir.

    Nous finissions de prendre un goûter très succinct
    Tandis que des pêcheurs qui, oubliant leurs lignes
    Tendues au bord d’un pré, quelques mètres plus loin,
    Faisaient grande ripaille, sans trop se montrer dignes.

    Leurs agapes finies, les voilà qui reviennent
    Pour avant de partir leurs gaules retirer ;
    Or, je les vois tenter, mais sans qu’ils y parviennent,
    De ressortir du fond quelque monstre appâté.

    On nous demande alors si on peut les aider
    Et avec notre barque aller chercher la ligne
    Qu’avait sans coup férir le poisson embarquée,
    Cherchant dans les bas-fonds une échappée maligne.

    Nous voilà donc partis traverser la rivière
    L’un ramant doucement, l’autre tenant le fil
    Pour voir où l’animal avait élu repère,
    Et tenter de déjouer sa manœuvre subtile.

    Le pêcheur avec nous s’était dans le bateau
    Muni d’un gros grappin pour crocheter la bête
    Et après maints efforts, il réussit bientôt
    A remonter du fond l’objectif de sa quête.

    Agrippant le poisson à deux mains par la tête
    Il le flanque soudain, sans grand ménagement
    Dans notre barque qui à chavirer s’apprête,
    Provoquant chez Mimi des cris, des hurlements.

    Car ce monstre, c’était un énorme silure,
    Venus dans nos cours d’eau, après les océans,
    Qui pour le fin pêcheur avait cert’s de l’allure,
    Mais qui pour nous avait plutôt l’air effrayant.

    Avec ses barbillons, son immense mâchoire,
    On dirait quelque monstre arrivé du Loch Ness,
    Terreur des fonds marins, si vous voulez m’en croire,
    Qui ferait l’Ecossais s’écrier : "My goodness !" .

    On se demande un peu que vient faire en nos eaux
    La bête destinée aux profondeurs marines,
    Alors que se font rares nos poissons régionaux,
    Car c’est bien là ce qui nous autres nous chagrine.

    Les poissons abondants, jadis dans les frayères,
    Ont déserté nos eaux, menacés d’extinction.
    La pollution s’est jointe à ces dents carnassières :
    Où sont donc en allés ablettes et gardons ?








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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
taia le jeudi 18 janvier 2018, à 12:41
Bonjour Henri DURTAL. Ton délicieux poème, la description d'un goûter au bord du fleuve, a porté mon imagination aux tableaux impressionnistes telle "une promenade au fil d'eau" de Renoir. Très bien écrit, même avec l'inquiétude, la tension "crescendo" du moment clou, la perplexité, la victoire et la conclusion avec le goût amer du final. J'aime beaucoup. Amitiés, taïa

Henridurtal le jeudi 18 janvier 2018, à 13:12
Merci taia. As-tu vu que j'ai commencé comme promis à illustrer qq poèmes avec des tableaux?

henridurtal le jeudi 18 janvier 2018, à 15:43
Pour ce poème voir "Scène matinale au bord de l'eau" : la barque, la rivière ...

Lesmotsbleus le jeudi 18 janvier 2018, à 18:05
Très original, milieu rarement présenté en poésie. Un tableau? Oui, d'un réalisme incroyable!!! Merci!

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