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Complainte pour une amie défunte
Je voudrais démonter cet escalier mortel
Qui t’entraînais jadis jusqu’au septième ciel,
Le livrer à jamais au cœur de la fournaise,
Qu’il n’en reste plus rien qu’un tas de cendre et braise!
Ô faux-pas meurtrier, ô fatale glissade
Qui t’a jetée à terre à ton corps défendant,
Ce corps soudain surpris et soudain impuissant
Pour tenter d’enrayer une chute maussade.
Comment peut-on mourir de si triste façon
Sans avoir pu émettre la moindre prière
Dans un escalier droit ou en colimaçon
Rayant en un instant une vie tout entière?
Je hais, moi, ce destin qui tue les innocents
Dans les pays en guerre ou au détour des routes,
Qui frappe à l’aveuglette et sans discernement,
Cause les accidents et sème la déroute.
Je hurle comme un loup dans les fourrés épais,
Je pleure comme biche ayant perdu son faon,
Je brame comme un cerf au cœur de la forêt,
Je pleure comme mère à qui on prend l’enfant.
Mais à quoi bon pleurer, mais à quoi bon hurler ?
Le destin suit son pas, ne veut rien écouter.
A-t-on jamais trouvé plus moqueur que son rire?
Nul jamais ne pourra nous rendre ton sourire !
Sur le lit tu reposes
Bouche et paupières closes
Tout entourée de roses :
On est bien peu de chose!
Tu revivras pourtant,
Aux yeux du souvenir :
Ton reste d’avenir
C’est nos cœurs à présent.
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