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De nouveau, cette nuit du dix au onze novembre
Je ne parviens pas à rester alité dans ma chambre.
Invariablement je revis encore cette veillée funèbre
L'angoisse puis la délivrance au milieu des ténèbres
Il n'est pas si simple de voir partir à jamais son père
De trinquer avec lui à sa mort, qu'il attend et espère
Quand la maladie et la souffrance l'ont fait grabataire
Et que la science s'acharne sans une once d'humanitaire
De nouveau, je revis là, notre culpabilité d'être démuni
Face aux serments d'hypocrites dont ils se sont prémunis
Même quand ils savent l'issue irréversible et sans lendemain
Ayant plus d'égard pour leurs animaux que pour des humains
J'en ai encore la rage d'avoir subi avec lui cette déchéance
De les avoir vu s'acharner retardant l'inévitable échéance
Trente six ans ont passés comme trente six chandelles allumées
Qui ne s'éteindront jamais sur mes souvenirs d'alors enfumés
Je traîne cette mort et cette histoire comme une sale cicatrice
Jamais pour ce genre de chose n'existe de formule réparatrice
Quand nous accepteront-ils le droit de mourir dans la dignité ?
Quand mettrons-nous un terme à ce festival d'inhumanité ?
Quand sera-t-il possible de passer normalement de vie à trépas ?
Il me faudra attendre ce jour là pour dormir sereinement Papa
Dès lors qu’enfin libres nous aurons réussi à gagner ton combat
C'est en ta mémoire qu'aujourd'hui moi aussi je me bats
Pour libérer les consciences de cet obscurantisme religieux
Accompagné parfois d'intérêts financiers plus que litigieux
Et j'irai revendiquer jusqu'au suicide assisté si nécessaire
Car même face à la mort la liberté jamais ne nous dessert
De nouveau cette nuit est encore pour moi faite d'insomnie
Et elle le restera tant que la société s'endormira sur ce déni
T'inquiète pas Papa, tes petits-enfants prendront la relève
Tu peux être fier car de tes principes ils sont de bons élèves.
La Mouche 11/11/2015.
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