|

J'aimerais que ces vers fleurissent au pâle automne
Avant l'hiver cruel et son grand manteau blanc,
Qu'au ciel de vos regards ma plume au moins rayonne,
Qu'elle touche vos cœurs, comme jase torrent.
En pays Franc-Comtois où repose mon père,
Ceinturé par le Doubs et l'ombreuse forêt,
Toisé par le Mont-Bart il est un coin de terre,
Que ma jeunesse vieille interpelle à regret;
J'aimais tant les bouquets, que me revient encore
Le bien-être des jours en l'écrin du sous-bois,
Quand il flottait dans l'air le doux parfum de Laure;
J'en savoure aujourd'hui ces bonbons d'autrefois.
Au temps poétisé des premières ratures
Où la senteur du foin caressait le rêveur
Et posait sur son front les saintes écritures,
A l'heure du couchant je suis le vendangeur;
Ce crépuscule en moi devient comme une aurore,
A l'écho du passé vient sourdre la chanson,
C'est l'odeur du bétail dont je me remémore,
Qu'il me manque à Paris et le son du bourdon,
Le vol de l'hirondelle et les plus simples choses,
Comme le doux frisson du vent dans les blés d'or,
Le souffle du silence et puis de voir des roses
Ailleurs que dans un vase où leur grâce s'endort,
Il neige dans mon coeur l'or fin des campenottes,
L'éclair bleu d'un martin sur le miroir du Doubs,
Le charme sans pareil des bonnes papillotes,
Des noëls d'antan parfumés par le houx,
Ce qui me fait vibrer c'est l'arche d'une église
Et tous ces murs vivants d'émouvants souvenirs.
Revenir à Bavans quand le soir s'angélise
De ses rouges lueurs qu'un couple vient bénir;
En mon âme d'enfant que la langueur effeuille,
Je garderai toujours comme un divin portrait,
Ce livre de jadis et ce bonheur qu'on cueille
Pour l'ange que l'on aime avec force en secret.
Ces jours pleins de douceur, s'éloignant de la rive
Se teintent de rubis, d'aveux et de serments;
Voyage merveilleux berçant comme l'eau vive,
Bible de nos plaisirs, soleil de nos vingts ans,
Ils resteront la lampe aux lueurs romantiques,
Des soirs évanescents buvant dans l'encensoir,
Le miel et la saveur de nos amours antiques
Et la valeur sans prix d'un cher livre à fermoir.
Lorsque viendra mon tour pour le tertre tranquille,
Qu'il ne reste de moi sur la dalle à fleurir,
Que l'ombre de ces vers au regard de ma fille
Et puis évidemment l'once d'un souvenir.
|