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Puis tu viendras

le vendredi 28 décembre 2018, à 08:45. Posté par AC


    A Koprivshtica le vent colporte des odeurs d’herbe et de fumée. À Giens la mer vient lécher les racines d’un figuier. À Pracchia le vent fait trembler les portes de la gare vide de tout voyageur tandis qu’on annonce un train dans la nuit. À Hořovice les derniers abricots joufflus et juteux sont bradés dans une épicerie.

    Un peu partout le monde tourne dans les yeux de chat d’un ami, dans la soucoupe vide teintée de thé. Bientôt tout s’argente, les tempes encore plus que les poches, on se repose dans le jardin pentu à l’approche du grand soir.

    Un autre a fait chauffer du vin de messe, a construit comme un enfant tremblant un bonhomme de neige qui maintenant fond lentement dans la cour. Que restera-t-il, oh dis, quand nous aurons passé le col de Babaou, mangé les trois dattes du jeûne, reconstruit le mur de Troie ? Errerons-nous comme des fantômes descendant en pirogue la Vltava ou nous assiérons-nous encore transis de froid dans la salle du café des étudiants de Karlovassi ?

    Je nous vois ivre dans la pierre, pris dans le sourire des feuilles, nous prénommer nonchalamment pluie et brouillard, accepter que nos visages soient jetés dans un puits de colère, vivre sans broncher notre destin. Je nous vois devenir neige à bout de souffle, cygne couché, herbe intimée sous leurs pas qui viendront…

    Il fera jour un jour, il fera cendre, il fera ce que doit, on marchera sur les toits, sur la tête s’il le faut, bientôt tu comprendras. Tu te cloitreras dans le silence parmi les nuages du lait, entre le psautier et la plante en pot, tu écriras des fragments, des éclats, tu lanceras de vigoureuses étoiles filantes dans un ciel que les absents ont troué.

    Puis tu viendras : ce sera toi, ce sera nuit, on écartera les volets pour mieux y voir le fond de l’âme, tu poseras tes valises sur les carreaux de faïence, tu diras : ‘j’ai entendu les oiseaux penser et les pierres appeler à la rime.’ Oui, et l’eau chantera dans les tuyaux, absente à elle-même, le premier frisson d’une aube qui a gagné la guerre…

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
debbie le vendredi 28 décembre 2018, à 11:05
Bonjour AC, j'ai beaucoup aimé cette prose wow !! J'adore votre style. merci de ce si beau partage poétique.
Belle journée
Poétiquement
Debbie

ptigaby le samedi 29 décembre 2018, à 13:40
Merci, pour moi votre poème est un voyage. Et j'aime trop ce voyage poétique.

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