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Je peux bien l'avouer sans être centenaire
Au fond de mon grenier j'ai quelques souvenirs
De ma lointaine enfance auprès de ma grand-mère,
S'éveillent tout à coup des innocents plaisirs,
Je n'ai pas oublié sa chambre vénérable,
Ni la vierge à l'enfant sur sa table de nuit,
Pas même cet effluve essence incomparable
Du bouquet de lavande au charme indéfini.
Parfois il me revient le temps du porte-plume;
Une image d'automne annonce le déclin
De merveilleux étés que la douceur consume,
Ainsi l'appel des geais fait penser au tocsin,
Une haleine d'humus assigne la tristesse
Le long des chemins creux, en de bien maints endroits,
Jusque dans la forêt que la langueur caresse,
Ma mémoire se dissipe au jardin d'autrefois.
Je veux aussi chanter ma terre Bavanaise,
Pays submergé d'or au palais de juillet,
Quand l'ange s'assoupi, que la brise s'apaise
Ainsi ce chant si doux à gardé son secret;
Si je ferme les yeux, je revois la rivière,
Scintillante et limpide, endormie au soleil,
Puis une larme d'or s'accroche à ma paupière;
Ce tertre Franc Comtois pour moi est sans pareil,
D'ailleurs quand je reviens, une soif implacable,
Me mène vers le Doubs, un désir indolent
Se répand dans mon sang; un amour impalpable
Opprime ma poitrine et mon âme se fend;
Ainsi vers le moulin à deux pas du barrage,
Sous les aulnes dolents, l'ombre parait si bleu
Que le rêveur s'incline en gardant cette image,
Tout ce bonheur béni qu'un souffle doré meut
Me parle gentiment d'une époque angélique,
D'un sol qui ma vu naître en l'an soixante trois
Au clos des rossignols, dans un cadre idyllique,
Bavans en ce temps là n'avait pas tant de croix.
Chez nous en terre Comtoise à travers la campagne
Il reste encore un monde aux bras du paysan,
Des flancs ensoleillés que la friche regagne,
Des parterres fleuris que l'abeille défend.
Où donc trouverais-je une telle fortune?
Autant d'épis dorés, de nids et de ruisseaux
Et de vallons perdus pour offrir à la lune
L'eau vive cascadeuse et de divins tableaux
J'ignore la raison avant de disparaitre
Pourquoi ce cri d'amour, s'épanche sur mon cœur,
Aux grâces du récit, au profond de mon être,
Je retrouve un printemps, un air plein de saveur.
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