|

Je songe quelquefois quand le temps se repose,
A ce passé lointain du côté de Bavans,
Il me semble ce soir, dans une larme éclose
Revoir au temps des fleurs ensemble mes parents,
Tout ce qui fut pour moi la douceur de l'enfance,
Allonge lentement, l'ombre sous l'abat-jour;
La nuit dans le jardin caresse le silence,
Mélancoliquement vient me parler d'amour,
Qu'importe si mon cœur s'écoule goutte à goutte
Inexorablement au travers de mes yeux,
Hier est une rose ou l'âge se veloute
Sur l'authentique cadre aux ors délicieux,
Tel un tendre baiser cette minute obscure
Fiance la candeur à ces jours surannés,
En souvenirs ardents le bonheur se mesure,
Qui ne sait le pouvoir du soleil sur les blés!
L'automne a des langueurs de verveine et de menthe,
Comme un encens d'Autel, les bois fleurent l'humus,
La plaine toute entière en sources se lamente
L'ombre se sanctifie au son de l'angélus,
A l'heure où le raisin sur le cèpe se cambre,
Je voudrais tant revoir le Bavans d'autrefois,
Celui de mes quinze ans, au miroir de septembre,
De l'hirondelle en vol, de la biche aux abois,
A tout ce qui n'est plus que vent de nostalgie,
Je veux fleurir mon front de l'odorant butin,
La grâce étincelante en moi est poésie,
Le terroir Franc-Comtois restera mon jardin,
J'aime bien les étangs, la forêt de Sologne,
Le temps peut être doux sous le ciel de Paris,
J'apprécie en été l'agréable Bourgogne
Mais rien n'égalera les fleurs de mon pays
|