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Au Japon, la poésie s’engage pour le climat

le lundi 02 mars 2020, à 15:50. Posté par Naeja (auteur : Le Monde Philippe Pons )


    Article du Monde :

    Au Japon, la poésie s’engage pour le climat
    Les auteurs de haïkus, brefs poèmes de trois vers, se mobilisent dans les grands médias sur les effets de la perte déjà bien visible de la diversité végétale et animale, accélérant la prise de conscience de l’opinion publique nippone des atteintes à l’environnement.
    Par Philippe Pons Publié le 28 février 2020 à 06h00
    La vie des idées. Des lanceurs d’alerte se nichent parfois là où on ne les attend pas : en poésie, par exemple. Au Japon, les haïkistes (auteurs de ces poèmes lapidaires en trois versets épinglant l’émotion d’un ­instant ou les infimes variations saisonnières) sont aujourd’hui les ­témoins de la perte accélérée de la diversité végétale et animale due au ­réchauffement climatique. Leurs témoignages poétiques pourraient avoir un impact inattendu sur la prise de conscience d’une dégradation de l’environnement qui, dans l’Archipel comme ailleurs, prend des ­dimensions dramatiques telles que, en octobre, le typhon le plus dévastateur qu’a connu le Japon en soixante ans (70 morts, 25 000 hectares inondés et 15 milliards d’euros de dégâts).
    Au Japon, la poésie, et le haïku en particulier, n’est pas réservée à une ­petite élite d’esthètes : des millions de Japonais composent des poèmes, et davantage encore en lisent. Une passion dont témoignent d’innombrables clubs de poésie et les demi-pages hebdomadaires consacrées par les grands quotidiens à la publication de choix de haïkus envoyés par des lecteurs et choisis par un comité de lecture.
    Les poèmes publiés dans les journaux peuvent évoquer des problèmes sociaux (solitude, précarité), des catastrophes – comme celle de la centrale nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011 : « Fukushima/la lune d’hiver/sur une ville morte » – mais, de plus en plus, ils reflètent le saccage de l’environnement et la perte de la mesure du vivant dans un pays dont la ­culture célèbre pourtant la nature depuis la nuit des temps. Aussi, les haïkistes pourraient-ils avoir un rôle de lanceurs d’alerte, estime Alain Kervern, spécialiste du haïku, qui consacre à leur veille ­poétique un court essai Haïkus & changement climatique. Le regard des poètes japonais (Georama, 152 pages, 12 euros).
    Lanceurs d’alerte
    La poétique du haïku ne repose pas sur une ­conception abstraite de la nature, mais associe la vie des hommes à leur environnement et en ­particulier au cours des saisons. Elle reflète le ­sentiment de la fragilité de toute chose chez un peuple qui, victime de l’instabilité des éléments (séismes, tsunamis, éruption), a élevé l’impermanence au rang d’un ­esthétique. La poétique du haïku est emprunte de ce que le philosophe Marcel Conche qualifie de « supplément de naïveté par laquelle on revient au-delà même des évidences communes à une évidence première plus ­immédiate » (Présence de la Nature, PUF, 2016).
    La précarité du monde se reflète dans les mutations du monde dont les variations saisonnières sont l’expression. Celles-ci sont répertoriées dans les Almanachs poétiques qui, depuis des siècles, recueillent les mots caractéristiques traduisant l’atmosphère de chaque période de l’année. Ces almanachs (traduits par Alain Kervern, Folle Avoine, 1988, 1990, 1992, 1994) sont le fruit d’une observation attentive de la nature et recèlent, à ce titre un savoir encyclopédique sur les variations saisonnières. « Avec la dégradation de l’environnement naturel, les mots de saisons deviennent des points de repère à partir desquels il est possible de constater modifications et évolutions de l’environnement », écrit-il. De plus en plus de haïkus se font l’écho du décalage entre l’émotion ­saisonnière attendue, répertoriée dans les almanachs, et la réalité observée. La déperdition d’images poétiques reflète la disparition des émotions qui les avaient suscitées : ainsi, les nuées lumineuses des lucioles, symboles des nuits d’été, s’évanouissent : « Au fond de la nuit/s’éteignent l’une après l’autre/les lucioles pour toujours. »
    « Le haïku renvoie à une conception historique et culturelle de la nature qui se heurte de front aux réalités du monde japonais d’aujourd’hui », poursuit Alain Kervern, et « il pourrait jouer un rôle original dans la prise de conscience » des atteintes au métabolisme de la Terre.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/28/au-japon-la-poesie-s-engage-pour-le-climat_6031123_3232.html

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
susan*coquelicot* le mardi 03 mars 2020, à 07:03
Bonjour Naeja,
Je pense que le Haïku est un moyen d'exprimer de façon très courte ce que l'on ressent et pourrait effectivement jouer un rôle dans la prise de conscience , tout en restant poétique !
Merci pour ton partage , belle journée à toi !
Bien amicalement.
Susan

naeja le jeudi 12 mars 2020, à 13:43
merci Susan !

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