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Cet écrit suranné va vous paraître terne,
Mon pays reste pauvre à part bien sûr les fleurs,
Avec ses vieux jardins envahi de luzerne
J'aime le sol Comtois et que m'importe ailleurs,
C'est là que je revis à l'ombre d'un grand chêne,
Parmi les moissons d'or et les sentiers fleuris,
La chanson des grillons, celle de la fontaine;
Je retrouve à Bavans, l'enfance des rubis,
A l'âge où je courais ma vénérable terre,
Un livre dans la main, je poursuivais le vent,
Heureux d'aller cueillir un bouquet pour ma mère
J'écoutais à genoux la flute du bruant,
A l'heure où le sous-bois tendrement s'angélise.
Depuis ce jour de mars où j'ai quitté mon toit
Le cœur lourd du passé en faisant ma valise,
Il me reviens souvent ce que mon âme doit
Au théâtre secret de l'innocente plaine,
Quand resurgit ce temps et son nectar divin,
Se répand le bonheur dont la mémoire est pleine,
Souvenirs de famille où du premier câlin
Et du premier baiser, l'impudeur de le dire,
Ce qui est mémorable à la saveur du miel,
Il reste des bonbons le piment de l'écrire,
Reprendre le chemin devient providentiel,
Il me reviens ce soir l'or pur de la jonquille,
Le soleil des étés auprès de mes parents,
Et l'intime douceur de la première fille,
Elle avait quatorze ans, de beaux cils chatoyants,
Je me sentais mourir quand sa main dans la mienne,
Épousait mon plaisir, je cherchais dans ses yeux
Les joyaux de l'amour, autant qu'il m'en souvienne
Mille coquelicots embellissaient nos cieux,
J'ai souvenir aussi sur l'écorce d'un hêtre,
D'avoir gravé son nom en plein milieu d'un cœur,
Cet arbre a-t-il encore avant de disparaître
Le touchant témoignage au charme ambassadeur;
J'avais déjà je crois la fibre romantique,
Quelque chose d'ardent caressait ma raison,
J'ai trop aimé les fleurs, la tendresse authentique,
Pour que mon encrier ne s'écoule à foison.
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