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Nous nous étions jurés un voyage sans fin
Au pays de l'amour, sous l'ombrage des chênes,
A nos yeux, l'or de l'aube, une rose à la main
Dans le plus bel écrin de nos forêts lointaines.
Au fidèle jardin de ce serment premier,
Chaque soir, dans nos draps tout un troupeau d'étoiles
Imitait le soleil; le rêve d'écolier.
Je découvrais des fleurs en écartant les voiles.
Mais la nuit vint trop tôt, éteindre le flambeau
A l'autel des beaux jours; un cercueil à l'église
Referma le cher livre au pied noir d'un tombeau;
Cette blessure au cœur, que rien ne cicatrice
Raconte un souvenir, que le chagrin instruit.
Elle avait de beaux yeux, une élégance, telle
Que j'accusais les Cieux, la rose et Jésus-Christ,
D'avoir conçu cet ange, à la grâce immortelle.
Le pollen du verger sur son sourire en fleur,
Pendant dix ans de miel s'empourpra de tendresse,
D'un désir enfantin au panier du bonheur,
Je buvais à sa lèvre une liqueur de messe.
Messagers de l'amour, de jaune papillons
Au temple de nos cils, écrivaient notre idylle,
Aucun doute aujourd'hui, nos plus belles saisons;
Mais nous ne savions pas, le bonheur est fragile,
Cassable comme un fil au passage du vent,
Deux lustres de printemps, point d'été, ni d'automne,
L'hiver sévit chez nous polaire et foudroyant,
Au jour anniversaire, avec triste couronne.
Cruel fut le destin et féroce le sort,
Le ciel, ainsi que Dieu accueillirent cet ange,
Si fragile du cœur, sur un nuage d'or,
A cet astre du jour, mon encre se mélange.
Je fus tout comme Hugo pour son enfant chéri,
Déchiré de douleur, défait de vivre encore,
Je rêvais à la mort de l'âme et de l'esprit,
Au repos infini de la verte hellebore.
Le temps fit son travail, les larmes, leur devoir,
Avec fidélité, en avril chaque année,
Les jonquilles au bois sans même le vouloir,
Comme autant de soleil, émerveillait l'orée,
Nostalgique et latent, je cueillais maint bouquets,
Au devers des vallons pour en couvrir sa tombe,
Mais avant de partir, sur les troncs je gravais,
Son fidèle prénom. même le temps succombe
Au pays du baiser, en attendant la nuit,
C'est toujours au sous-bois que me porte son aile,
Auprès du rossignol, mon ouvrage souscrit
Le doux remerciement d'une lettre éternelle.
Pour son divin portrait, ma mémoire est un nid
Où s'attise son corps, ce poème est pour elle,
Son prénom dans mon coeur tout au sommet, s'écrit,
Sa trace laissera l'or pur de l'hirondelle.
https://youtu.be/NTKOyUWRO7o
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