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Une aurore s'accroche au paravent du temps,
Comme s'idéalise un livre, au long des pages;
Sous une poudre d'or je retrouve Bavans
Au jour de mes dix ans, ainsi que des visages.
Ces tableaux du passé je le revois souvent
A travers une trame à la fine dentelle.
Rien ne peut altérer un tel enchantement,
Avril étincelant que signe l'hirondelle,
Dans un grand vent de fleurs, annonce le printemps,
Le souffle des beaux jours agite les vieux saules,
Mon père canne en main, taquine quelques blancs;
Le poids de ce bonheur pèse sur mes épaules.
Mais bien d'autres clichés, le ciel m'en est témoin,
Traversent mon esprit, juin que l'astre immole,
Idéalise l'air, l'arôme cher du foin
Ressuscite toujours l'époque de l'école.
Il me revient aussi le décor automnal,
Pour tout enfant rêveur la nature est un temple,
Chaque arbre à sa couronne, image d'Épinal
Où souvenir d'antan, sommeillent par exemple
Sous la soie et les fleurs, dans un antique écrin;
La source de jadis demeure intarissable,
L'enfance est son trésor, c'est la paille et le grain,
C'est bien entre les doigts que ruisselle le sable.
Quand j'écris à ma mère un poème émouvant,
Chaque fois c'est pareil, je songe à ma grand-mère,
L'odeur de son café ravive dans l'instant,
Sa beauté Germanique à la pâleur stellaire;
Avec sa longue natte et ses beaux cheveux blancs,
Quand l'astre caressait son regard émeraude,
Elle était magnifique à quatre vingt dix ans;
Et semblait une fleur qu'un rayon d'or ravaude.
Toujours en tablier, finement raffiné,
J'aimais bien l'écouter; sa voix rossignolante,
Son perceptible accent touchait même au sacré,
Comment ne pas aimer cette âme flamboyante;
Une rue au moulin à Voujeaucourt, couvait
Après bien des labeurs, son innocente pause
Mille fois mérité, la planche et le baquet,
C'était son quotidien, voila pourquoi j'exauce
Un voeu qui m'est si cher, rendre hommage à ceux-là
Sans qui je n'aurais pas cette fibre sensible,
Cette perle en mon for qui brille avec éclat,
Ces élans de l'amour qui viennent de la Bible.
Serais-je qui je suis, ce sculpteur de bijoux,
Si Mathilde n'avait réveler ma richesse,
Promettant à sa fille un ange aux gestes doux,
Avait-elle senti dans mon coeur la tendresse?.
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