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Premier baiser

le jeudi 14 avril 2022, à 17:07. Posté par plumeflore


    Un brûlant souvenir dans ma mémoire, chante,
    S'il existe une date aux faîtes de l'amour,
    Il en demeure une autre au combien importante;
    Celle où la première Eve, en nous sculpta le jour.

    La mienne je l'avoue avec mélancolie
    Avait tout pour me plaire, un visage si beau,
    Qu'il exaltait mes sens, l'innocente Sylvie
    Avait un coeur en or, chétif comme un oiseau,

    Mais chez elle un soleil, étincelait sans cesse,
    Son séduisant sourire évoquait le velours,
    Son esprit généreux, s'écoulait en tendresse,
    Sa douceur enfantine, elle, suivait son cours.

    En mai, quatre vingt dix, neige des fleurs sans trêve
    A l'ombre des pommiers, un souffle de printemps
    Caresse impétueux ce royaume de rêve
    En pays Franc-Comtois, du côté de Bavans.

    Nous avions convenu d'un rendez-vous modeste
    Sur les hauts de bel air, entre espoir et parfum,
    Une appréhension pour cet ange céleste,
    M'intimidait vraiment, un rêve libertin,

    Cajolait mon présent, auprès d'une aubépine,
    En buvant les extraits de l'éminent terroir;
    J'imaginais déjà la ballade Argentine,
    Heureux main dans la main, jusqu'au pinceau du soir.

    Un enchanteur souhait me la fit apparaître,
    Dans une robe blanche aux liserés bleu ciel,
    elle était lumineuse en ce décor champêtre,
    Avec une parure à la couleur de miel.

    C'était je m'en souviens en fin de matinée,
    A l'heure du coucou, des sèves, du muguet,
    Tout évoquait l'amour; au seuil bleu de l'orée
    S'esquissait devant nous l'admirable forêt

    Ravissante à mirer, sa feuillure émeraude
    Dentelé de rayons, longeait chaque sentier.
    Devant tant de trésors, mon regard en maraude
    Oubliant chaque fleur au sous-bois familier.

    Passait de son corsage à ses jambes lascives;
    Une ligne parfaite et des yeux languissants,
    D'où filait le frisson tendre, des eaux vives,
    Je comptais sur le sort pour arrêter le temps.

    Un teint de porcelaine à la pâleur de rose
    Emerveillait ses traits, en me faisant rêver,
    Son émouvant regard, d'une magique pose
    Semblait comme un zéphyr, sur mon coeur se poser.

    Tel un adolescent, parfois une mésange
    Venait nous raconter, les noces du sylvain
    Avec les boutons d'or. tenant la main d'un ange,
    Au sourire émouvant, je comprenais enfin,

    Le bonheur d'être aimé, choyé par la plus belle,
    Dont la beauté semait, mille éclats de soleil;
    La vivante ramée était une chapelle
    Au vitraux merveilleux; sous le couvert vermeil,

    Même si c'est bien loin, je la revois heureuse,
    Lorsque le rossignol posait ses perles d'or.
    Un bouquet à la main, la mimique amoureuse
    Elle irradiait le jour; sans même un seul effort

    Son charme naturel, d'une touche royale
    Composait un tableau, paisiblement joli,
    A l'heure solennelle, une brise nuptiale
    Accompagnait nos pas, sous l'ombrage fleurit.

    Je savourais ses yeux d'où sourdait une grâce
    Que plus jamais depuis je ne fus le témoin,
    Son regard abritait la voûte, le Parnasse;
    J'y lisais l'évangile avec un tel besoin

    Qu'un désir merveilleux, inondait tout mon être,
    Ses minces vêtements épousaient le bijou,
    D'un corps étourdissant que je rêvais de paître;
    Elle possèdait l'art, que seul le faste coud.

    Juste en tenant sa main, j'avais de l'or dans l'âme,
    Une rose à l'esprit, qui fleurait le foin blond;
    Sur un chemin en fleur j'usais d'une épigramme,
    Quelques mots pour son coeur, la nimbe pour son front,

    Son minois était digne au moins du diadême.
    La prenant dans mes bras, caressant ses cheveux,
    J'osais à son oreille un timide je t'aime,
    Elle me répondit d'accord si tu le veux,

    Lors sans attendre plus, je posais sur sa bouche
    Délicate et fleurie, un frôlement léger,
    Jamais je n'oublierai, son air d'oiseau farouche,
    Ni même la saveur de ce premier baiser.

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