La poésie de Nedjma Tafat

 

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Djamila Taferka

le lundi 10 octobre 2022, à 19:03. Posté par Nedjma Tafat (auteur : Mohand Boukhtouche)


DJAMILA TAFERKA.

La condition humaine…au féminin !

Quand la douleur devient trop forte pour l’exprimer par des cris.

Quand la passion est trop vive pour être exprimée par des regards.

Quand l’angoisse est si empoignante pour être dépeinte par des gestes.

Le verbe prend la parole pour dire par des mots humains des douleurs, des passions et des angoisses surhumaines. Mais il n’est pas permis à tout le monde de s’exprimer ainsi, seuls ceux dont la muse hante le cœur ont le divin don d’exprimer par des paroles ailées ces sentiments, ces idées et ces rêves. Cependant si la poésie est fille de l’épreuve c’est aussi la sœur de la solitude, car devant l’angoisse de l’existence, les avatars de la vie, la souffrance de la maladie ou la hantise de la mort, on est terriblement seul, si seul qu’on veut se plaindre au monde entier de cette douleur ou de cette mélancolie, de cet amour ou de cette perte, on veut médiatiser cette fleur du mal qui germe à partir d’un cœur meurtri, on veut immortaliser cette dulcinée qui quand on la voit passer, le cœur se mit à battre au rythme de ses pas, on veut éterniser cette minute de bonheur fugace, sublime explosion de deux regards qui se croisent dans l’éclair d’un coup de foudre, on veut diviniser cette montagne altière symbole de notre kabylité qui remplit notre horizon et qui comble notre désir jamais assouvi de liberté et de dignité.

Et quand, dans une société à la croisée des chemins comme la notre, à l’épreuve et à la solitude, s’ajoute la féminité, la poésie n’est plus seulement un don, un art ou même une vocation, c’est surtout une thaumaturgie ;car pour la femme, la poésie n’est pas seulement cette langue sacrée pour idéaliser une réalité trop souvent malheureuse et dire par des vers ce qu’elle ne peut dire par un discours publique ou une confession privée, la poésie disais-je, c’est aussi et surtout cet art incantatoire pour expurger le mal, cette prière à dieu et aux saints de mettre un terme à la souffrance, cette évocation d’un oiseau de bonne augure pour l’envoyer en messager vers l’être cher loin des yeux mais non du cœur. Si la poésie féminine était une médaille, son revers serait la douleur, si elle était un diamant, son eau serait une larme, si elle était une couronne, sa perle serait la séparation, si elle était un arbre, son humus serait le rejet de l’injustice, si elle était une statue, son piédestal serait la soif de la liberté, et si elle était un astre, sa lumière serait la bonté. La femme ne chante pas le paradis perdu, les amours impossibles ou les lendemains désenchantés ! Non, la femme pleure l’amour ingrat, la maladie cruelle et la mort aveugle. C’est-a-dire le sort implacable. La femme se lamente aussi contre l’homme impitoyable, la société inique, la loi machiste et la tradition patriarcale. Autrement dit elle se lamente sur sa condition féminin. DJAMILA TAFERKA est de cette trempe de femme et de poète. Chez elle. C’est la femme kabyle qui prend un porte-voix, escalade le mur du silence et crie à l’univers je suis une femme berbère du XXI siècle et en tant que telle je revendique mes droits et assume mes devoir ! Je veux chanter, dans la langue qui a bercé mes premières nuit ; mes rêves et mes angoisse, mes espoirs et mes craintes, ma douleur et ma joie, mon mal et mon salut !je veux rendre grâce à dieu , exprimer ma gratitude pour toutes celles et tout ceux qui portent dans leur cœur un peu de ce que j’ai chanté, et à tel autre qui a compris un peu de ce que j’ai éprouvé. Et si DJAMILA chante si bien, c’est parce qu’en elles s’expriment toutes nos mères, épouses, sœurs et filles, en un mot, c’est le coté féminin de notre société qui ose enfin dire, parler, crier ; pleurer et dénoncer, mais DJAMILA n’est pas seulement une femme qui se plaint c’est aussi une poétesse qui peint, elle peint de si beaux tableaux qu’on ne se lasse pas de les écouter, des fresques émouvantes, des tableaux douloureusement réalistes. Et sa peinture marie heureusement les nuances de l’existence et mélange mélodieusement les sons et les mots, les plaintes et les soupirs.

Mohand Boukhtouche

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