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Je suis né bien trop tard, hélas même en luttant
J'ai perdu tout espoir; heureux de sa victoire
Le progrès lustre l'or à grand coup de slogan,
Partout l'argent érige une stèle à sa gloire.
C'est sans discours, sans fleur que l'on meurt en chemin;
Le poète est au ban, l'imbécile à la barre
Et l'église aujourd'hui n'en appelle qu'au Saint,
Certain au nom de Dieu, en devienne barbare.
C'est vous dire l'état de ce monde affolant,
Avec le renouveau, l'humain n'a plus sa place;
La ville est une arène alors que dans les champs
C'est le calme effrayant, tant le silence agace.
Plus un seul sabotier, plus le moindre charron,
Que reste-t-il au fond, quand l'astre rentre en lice,
Une terre en jachère, un pays sans moisson,
l'étable aux bestiaux n'est plus même un hospice.
Que devient la campagne un terroir triste et mort,
Depuis longtemps déjà ce monde est chimérique,
Au nord des bâtiments le cerbère qui mord,
C'est le froid, seul le temps coule mélancolique.
Je n'irai plus au bois, ni même à travers champs,
Dans mes yeux bleus scintille une larme indolente,
Je voudrais retrouver la verdeur de mes ans
Et même connaître avant, cette époque démente
Ou le cheval était de la ferme, le roi,
Avant que le progrès n'efface des tablettes,
La course des saisons, l'utile bon Aloi,
Au temps ou les banquiers n'étaient point des prophètes.
Je rêve de revoir l'automne et ses corbeaux,
Les rudes hivers blancs, les fleurs de ma jeunesse
Et ce baume de foin caressant les hameaux
Qui enchantait les cœurs. où donc est la tendresse
Et le touchant refrain de l'humble rossignol,
Quand mon petit pays célébrait l'heure blonde,
Aux vêpres du couchant, au moment de l'envol
Des rêves languissants que le désir inonde.
Combien manque à mon front l'époque des bleuets;
Enfant d'un cœur nouveau je découvrais la vie,
La moindre libellule en vol, m'émerveillais,
Ma soif prenait sa source auprès d'une ancolie.
Où dans un couffin vert mon regard savourait
les angelots ailés de divines mésanges,
Par les beaux jours d'avril, sentimental, j'aimais
Suivre les papillons ils me semblaient des anges.
Je ne retrouve plus de romantique amour,
De gosse au bord de l'eau, combien manque à mon âme,
Les parfums de l'été, le théâtre d'un bourg;
Ainsi la nostalgie est-elle grande dame.
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