|

Peut-être dira-t-on que je devrais me taire?
Que l'abîme des jours trompe mes souvenirs,
Que la source s'épuise en s'écoulant sous terre,
Que mes larmes coulaient autant que mes plaisirs.
Pourtant comme un ruisseau, l'eau vive Franc-Comtoise
Est un baume d'amour qui parfume mon cœur.
Comme autant de cadeaux, les fleurs de mon histoire
Resterons sans rival, c'est dire leur valeur.
Aucun pinceau jamais, encore moins la plume
Ne pourront égaler, même avec des effets
Les dons d'une mémoire où le passé rallume
Dans l'âme, les bonheurs, l'odeur des vieux buffets.
Et nulle part ailleurs le sol n'aura le charme
De la terre natale, au monde aucun pays
N'arrachera en nous, une commune larme
A celles qui sans bruit, d'un coup nous envahis
En retrouvant l'écrin que la grâce chevauche,
Que fut notre berceau dans son havre de paix
Et si vous revenez quand la plaine se fauche
Sous un soleil poignant au mitan de juillet
Inutile de dire où piquera la flèche
De la mélancolie au moment ou le soir
Dépose la saveur d'une émouvante crèche.
Un nuage d'enfance ouvre en nous un tiroir,
Alors renaît le temps de l'école et la craie.
L'ombre raconte en nous, par des ruisseaux dorés,
Les vertus de la vie, à l'amertume vraie,
Qui rappelle le goût des superbes étés.
A chacun son chemin, chacun sa sémantique,
Mais ne vous trompez pas en faisant le bilan,
Même si le bonheur peut paraître modique,
Dites-vous que les fleurs accompagnent l'enfant.
Combien est courtisan le retour à la source;
L'éternité de l'âme, a son pique divin,
Si riche quelque fois quand le temps dans sa course
Sur un vieillard se pose et nous montre un gamin
Sur la rive du Doubs, heureux avec son père
A cet âge ou l'amour de son riche printemps,
Est semblable au soleil, si loin du chrysanthème,
Pour chacun c'est pareil depuis la nuit des temps.
|