|

Je sais un bel endroit, non loin de Médière,
En pays Franc-Comtois, que je crains de revoir,
Ce coin de Paradis, son nom La Prétière,
Garde les mêmes ors qu'un missel à fermoir.
J'ai peur de ne plus voir le même paysage,
Que le triste présent d'un coup puisse effacé
L'influence magique où baigne mon nuage,
En versant dans mes sens de l'air désenchanté.
Ce moment de bonheur dans mon cœur est un livre
A la splendeur antique où passent les oiseaux
De toute une saison, d'une façon de vivre
Qui protège un passé que la trace des eaux
Dramatise à souhait, ce bouquet d'aubépine
Émouvant de fraicheur, surtout quand je suis seul,
A l'image du vent dans mon âme chemine,
Il répand les bienfaits d'un parfum de tilleul.
Ce doux nid qui berçât ma première amourette
Et mon premier baiser , un jour du bel été,
Conforte c'est certain ce besoin, cette quête
D'un romantisme clair, touchant même au sacré.
Oh! ne dites jamais qu'une ombre est infidèle,
Comme un obscur sous-bois sa douleur est en nous.
Nous gardons de nos maux l'amertume immortelle
D'un vénérable temps que l'âge grand absous.
La douceur estivale en l'an soixante-treize,
Ensoleille mon cœur, tous les sens aux abois
Je déguste le jour dans son regard de braise,
Au même âge que moi, Claire a ce charme grivois,
D'une angélique enfant, l'amour qui nous promène
Au bord d'un champ de blé de son archet ardent,
Fait de moi ce poète et d'elle cette reine
Que célèbrent les fleurs, de ce jour si clément.
Et ce premier baiser s'il semble dérisoire,
Toujours il brûle en moi, son brasier merveilleux
Réchauffe ma vieillesse et livre à ma mémoire
Un nostalgique souffle à l'or si précieux,
Qu'il me faut saluer l'auguste providence,
Celle qui me permît de connaitre le poids,
L'authentique saveur d'un amour de vacance,
De goûter à ses fleurs, de connaitre ses lois.
Je n'irai plus au Doubs, avec cette innocence
Qui me brûlait les doigts, me caressait la peau.
Comme on tourne à regret les pages de l'enfance,
Ça ne m'empêche pas de jouir du ruisseau.
Je rêve de ce lieu de façon agréable,
Cet endroit merveilleux j'aimerais le bénir.
Je sais que chaque jour, l'eau s'écoule, immuable;
Mais du parfum des fleurs, reste le souvenir.
|