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Oh! jeunes amoureux, de ce siècle écœurant,
Vous qui ne connaissez le pouvoir d'une approche,
Le bonheur d'un secret, le charme d'un tourment,
Combien mon cœur vous plaint; loin de moi le reproche,
On ne prend aujourd'hui le temps d'un brin de cour,
Ni l'acte délicat de déclarer sa flamme;
Le premier rendez-vous est prétexte à l'amour.
A présent la raison n'effleure plus votre âme.
Il faut pour vous séduire un langage hasardeux;
Vous ne savez ni l'art du style épistolaire,
Ni la félicité d'un billet amoureux,
Sans savoir ce que c'est que le divin mystère.
Vous passez à côté de merveilleux moments,
Celui si ravissant, d'écrire une missive,
En comparant sa joue aux roses du printemps,
Son sourire innocent aux remous d'une eau vive.
Tout ce qu'on dit d'ailleurs s'écrit en lettres d'or;
L'avance, on la conçoit d'une façon suprême,
Point de simple prélude, un sentiment si fort
Mérite croyez-moi les fleurs d'un théorème.
Imaginer l'amour sans ses égarements,
Sans connaître le feu, le couteau de l'attente,
Le mal saint d'une absence et ses jours indolents,
Du silence cruel que la nuit épouvante.
Sans l'éveillant désir de l'élan plein d'ardeur,
Le trouble insurmontable où le don de soit même,
L'amour sans les piments, ne peut combler le cœur,
C'est avec ces cadeaux qu'il fait dire je t'aime.
Que serait le ciment d'un formidable amour,
Sans lettres, sans billets, sans pétales de rose,
Ces merveilleux envois que l'on ressort un jour,
Du ventre d'un coffret, comme une apothéose,
Tout ce bonheur passer qui rappelle à chacun
Dès le premier regard, d'inoubliables heures,
Qui fait dire d'un coup, que beau fut le chemin,
La plus belle saison, les autres sont mineures.
Qui pourrait oublier le tout premier baiser?
Enraciné en nous, véritable incendie,
Cet instant solennel qui ne peut que toucher,
Qui adjuge aux anciens les saveurs d'une vie.
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