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Ce poème est en moi depuis la tendre enfance,
Fragile est son écrin dans son coffret d'antan,
Je le sais si vivant dans son cœur de faïence
Qu'il abrite en son for un romantique vent.
Ourdit par tant de mots, que même son silence
Éclabousse d'oiseaux, l'éclat de mon miroir;
Son sang coagulé onirique substance,
C'est la grâce du fleuve au pinceau d'or du soir.
Ses tempes simplement par le malheur, blanchies
Cèdent évidemment d'autres pages velours,
En apportant l'odeur des maintes ancolies,
Ainsi que dans son lot deux sincères amours.
Jour après jour construit, d'une âme poétesse
Il laboure un passé, qu'épouse chaque vers,
Choisissant sa couleur au champ de ma jeunesse
Il fleure la moisson et de bien beaux hivers.
Lumineuse pâleur, dans son alcôve ivoire,
Bercé par la verdure, il accroche à mon cœur
La musique des bois, menottant ma mémoire
Au berceau de jadis, qui se voudrait douceur.
Épris par le chemin des sans nombre, étoiles
Je me saoule et me perds dans le limon des mots;
Des êtres et des fleurs sous le couvert des voiles
Tapissent mon présent de lancinants échos.
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