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Si je laisse la nuit ma mémoire entr'ouverte,
Des souvenirs d'enfance en gouttes de soleil
Irisent ma pensée et cette fuite offerte,
Me mène aimablement, frémissement vermeil,
Dans la classe d'école où mon bonheur décline;
J'ai huit ans, malheureux, les livides carreaux
Pour moi, sont des barreaux, je rêve d'étamine
De la rive du Doubs et de ses vives eaux,
Des lancinants frissons aux robes du feuillage
Et de jolis coins d'ombre annonçant la couleur;
Avoir la liberté mais c'est pas de mon âge;
Pour devenir un homme il faut une valeur.
Le maître avait raison, le savoir nous libère,
Souvent il est trop tard quand le cancre, comprend
Combien ces cours gratuits nous étaient salutaire;
Certains savent le prix, dont la prime dépend.
Il fallait obéir et puis apprendre à lire
La craie, entre les doigts caressait le tableau,
Moi, qui faisait des fleurs, avant même d'écrire,
Je rendais au ciel, l'encre et la plume à l'oiseau.
Je n'étais pas instruit mais déjà la lecture,
Silencieusement, enchantait mon esprit,
Voyager sans bouger, c'était là ma nature,
Amoureux des romans je lisais même au lit.
Je revois le pupitre estampillé de lettres
Et l'imposant tableau, témoin du non savoir,
De ma grande ignorance où surent se soumettre
Tous mes rêves d'enfant et mes soifs de pouvoir.
Drôle de garnement j'avais si peur des filles,
La récréation, c'était de bon moments,
Pour l'espace des jeux et puis celui des billes.
Riche de ce passé c'est sur l'aile du temps
Que ma plume naufrage et nomade, s'envole,
sur l'écume du vent, vers ma verte Comté
Auprès du vieux tilleul, dans la cour de l'école.
Mon rossignol(cœur) s'émeut de ce retour doré.
Je les aime aujourd'hui ces souvenirs d'enfance,
De plus d'un demi-siècle ils méritent je crois,
Ici, ces quelques vers, que ma plume dépense,
Avec cette saveur le spleen est aux abois.
Jeudi de papillons et de mésanges bleues,
Je veux entendre encore au glas du temps jadis,
Le murmure des bois, celui des hochequeues,
Retrouver le parfum des bleus volubilis.
Il rôde autour de moi de saisissants visages,
Aucun n'est mort, tous là, ensemble revenus,
Mélancolie oblige, il faut vivre son âge,
J'allume à mon foyer des rêves révolus.
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