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Durant ma prime enfance, un tourment me brûlait,
Occulte à définir, je sentais que mon âme
Comme un bouquet de fleurs, sans fin se consumait,
S'étendait sur mes sens une insolite gamme.
Un soir à la campagne, assis sous un tilleul,
Je découvris Hugo, l'éclat pur de sa lyre,
Face à tant de beauté, mélancolique et seul,
J'espérais de tout cœur pouvoir un jour écrire
De tels vers flamboyants; un choc pareil , mon Dieu
Même après bien des ans, je m'en rappelle encore.
Tous ces mots désormais, à toute heure, en tout lieu
Caressent mon esprit et toujours me dévore.
J'avais dix ans peut-être ou peut-être un peu plus,
Le vent parlait aux fleurs de façon fraternelle,
Tout cela me donnait des sentiments confus,
J'écoutais le ruisseau, vénérait l'hirondelle.
La vie était exquise, au rustique terroir,
A l'ombre du couvert je buvais du silence,
Pitoyable écolier, mon unique savoir
Se limitait aux fleurs, au rêve, à son essence.
Au bois tout me charmait, du pinson amoureux
A l'authentique œillet, caché sous le feuillage
Je succombais souvent à des rêves heureux,
Épris du rossignol, de son riche ramage.
Saurai-je un jour pourquoi par quel don du destin,
Un penchant naturel poussa mon existence
Vers le monde animal, pourquoi le genre humain
Intéresse si peu les cours de ma licence?
J'ai horreur de la foule, idem des grands repas,
Je me plais dans les prés, souvent là se réveille
Mon amour du secret, la nature à mes pas
Agrafe le bonheur, c'est là-bas qu'appareille
Ma sensibilité, j'écoute les oiseaux
Et rêve de mots bleus, d'un ciel plein d'hirondelles;
Les romantiques mots sont de charmants troupeaux
Qui paissent dans mon cœur et fondent des chapelles;
Pas des cloîtres humains, des paroisses sans feu,
Mais celles de verdure où passe la lumière,
Ces temples sans argent, sans gêne d'un aveu
Où l'on peut méditer sans besoin de prière.
Au ventre d'un maquis j'y découvre parfois,
Un éminent berceau, dont la dentelle d'herbe
Rappelle la couture au fil d'or, de l'Artois;
Dans ce logis douillet, une livrée imberbe
Déverse dans mon sang de l'amour infini;
Ouverte à tous les vents, ma tendresse s'incline,
Devant cet art divin, que mon regard béni.
Juste une parenthèse avant que je termine
Et quelle parenthèse au moment de fermer.
Celle, dont ma pensée, à tout instant admire,
Puisque rien ici-bas ne peut même égaler
Le moment où ses yeux deviennent mon empire;
Son extrême beauté, mêle l'encre au soleil
Et sème des bijoux, à l'ourlet de mes pages,
Baigné par la douceur, son charme est sans pareil,
Ainsi sincèrement, je l'aime sans ambages.
Avec des mots, des fleurs, dévouement et bonté,
Que mes vers en échos, lui disent mon attache,
Être de son chemin voila ma volonté,
Avec ce fol espoir de suivre son panache.
Marie est le flambeau qu'il manquait à ma main,
Depuis plus de seize ans si j'écris c'est pour elle,
Comme un bouquet de vers, mon âme est ce jardin
Où fleurit ma tournure au combien solennelle.
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