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Enfant d'un beau pays de champs et de forêts
A la robe émeraude où chantent des eaux lyre,
Combien j'étais heureux au cœur des bosquets frais.
Je ne quitterai pas, ce monde sans le dire,
Puisqu'au soir de ma vie il me reste un désir
C'est de revoir le nid où murmure une source,
Au pied d'une aubépine, écho d'un souvenir
Qui ne veut pas s'éteindre et porte dans sa course
Une traîne de fleurs que vénère le temps.
Là-bas, terre inondée et de fruits et de paille,
Une étrange langueur imprégnait mes dix ans,
Je vibrais pour le chant d'un merle ou d'une caille.
Les soirs de juin la plaine exhalait le blond foin,
L'hymne du rossignol habillait le silence
Alors que sommeillaient les ravissants sainfoins
Plein de sérénité; dans ce jardin de France,
Quelque soit la raison, le sort ou le vouloir,
Quand je revois ces lieux de ma douce campagne
S'éveille au fond de moi la flamme d'un bougeoir,
Un indicible adage au présent m'accompagne;
Dans ces rares moments se mêle à mon esprit
Les bonheurs du passé, de même que les êtres
Si cher, qui ne sont plus, un pleur ensevelit
Le sable d'or des ans, les délices champêtres.
Pourtant qu'il me fut bon, ce petit coin du Doubs,
Qui semblait un Éden tant l'eau vive était douce;
Agréable au printemps quand pendaient des bijoux
Aux branches des vergers; sur un coussin de mousse
Mioche, je connus le cadeau d'un baiser
Qui demeure pour moi le Graal d'un monde à naître,
Pour une blonde enfant, au sourire léger,
Illuminé d'amour, j'apprenais à connaître
Les délices d'un instant sous la voûte des Cieux,
Était-ce à ce moment que m’apparus la muse?
Existe-t-il un lien entre l'aube et les yeux?
Comment naît le besoin ce mystère m'amuse.
C'est là sous le couvert que mon cœur fut dompté,
C'est à ce même endroit que je voudrais conclure
Pour épandre mon âme aux fleurs de ma Comté
Et recevoir l'encens de sa riche nature.
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