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Il y a quelques mois, j'ai emménagé dans une vaste maison de type victorien, une maison aux fenêtres gothiques susceptible de faire se réveiller toutes les peurs infantiles et de ressusciter tous les archétypes de vampires imaginables. Quel est ce grattement à ma porte? Ce n'est qu'un gamin qui vient déposer dans la boîte le journal gratuit hebdomadaire. Est-ce le percepteur qui m'écrit dans cette enveloppe brune de belle taille? Non, ce n'est qu'une banale pub pour une scie à métaux portative.
La nuit dernière, j'ai rêvé à mon école maternelle. Devant l'école il y avait un paulownia qui flanchait les jours de pluie et répandait toutes ses fleurs sur le goudron mouillé. Souvent la maîtresse attendait dehors quand il ne pleuvait pas et je ne sais pourquoi voulait toujours m'embrasser sur les deux joues avant de me lâcher et de me laisser aller. Je fuyais comme la peste son rouge à lèvres gras et son parfum 'cyclamen'.
Sans doute n'avait-elle pas d'enfants - nous l'appelions 'mademoiselle' - et voulait-elle se consoler en nous couvrant de baisers mous comme de la guimauve de marshmallows. Je me souviens que mon grand-père maternel m'embrassait aussi chaque fois que nous allions en vacances à Montpellier. Sitôt arrivés, il lâchait sa pelle de jardin, s'avançait vers nous, retirait sa casquette et m'embrassait énergiquement sur les deux joues (je sentais sa peau piquante et son eau de cologne) ; il me soulevait littéralement du sol pour ce faire, puis une fois ce rituel accompli me tapait dans le dos et me demandait invariablement: 'alors, qu'est-ce que tu racontes?'
Je me frottais les joues avec mes manches et restais confondu comme une poupée démantibulée. Non, décidément je n'avais rien à raconter aux adultes, qu'auraient-ils compris au monde sophistiqué des peurs et des joies de mon âge? Rien sans doute, leur monde était tissé de lassantes répétitions, d'hypocrites cérémonies et le gosse que j'étais ne se sentait pas l'envie de jouer aux jeux simplistes des adultes.
Hier le téléphone a sonné soudainement dans l'après-midi. Je n'étais pas chaud pour répondre, j'étais comme mortifié à l'idée que l'appel provienne du service du payement des échéances de la sécurité sociale, ces gens-là sont diablement insistants. J'ai fini par me saisir de l'écouteur et lancer un timide ' allo ?'. Au bout du fil, une voix ironique connue a éclaté de rire: 'trop drôle, on dirait une vierge effarouchée qui répond!'
C'était un ami Français qui vit en Italie de passage pour voyage d'affaires à Livourne, il s'ennuyait seul dans sa chambre d'hôtel. Tu vas rire me dit il, tu ne sais pas ce qui m'est arrivé? Eh bien hier soir je suis arrivé dans cet hôtel et j'avais froid. Le chauffage ne fonctionnait pas correctement, même avec le radiateur à fond. Je suis descendu à la réception et j'ai demandé: 'n'auriez-vous pas une couverture supplémentaire? On se les gèle!' Non, je n'ai pas dit ça, bien sûr, c'est pour te faire marcher, j'ai simplement demandé cette couverture et, ai-je ajouté, un oreiller parce que j'aime dormir la tête surélevée.
- Ne vous inquiétez pas me dit l'hôtelier, une femme de chambre frappera à votre porte dans quelques minutes avec tout ce qu'il vous faut. Je remonte et une heure passe sans que rien ne se produise. Vers dix heures du soir on frappe enfin à la porte. J'ouvre et je me trouve nez à nez avec une femme dans la cinquantaine au visage peinturluré, tu sais maquillée outrageusement, laide comme tu ne peux pas savoir - avec une paire de seins énorme et une jupe en latex. 'Mais...me suis-je exclamé, j'avais demandé une couverture et un oreiller...'
'C'est moi mon chou que tu attends me fait-elle, je suis le meilleur remède contre le froid et à ton âge tu n'espérais pas quand même qu'on te monte une bouillotte!'
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