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Je me sentais une fringale d'écureuil ce matin en me levant, je suis allé acheter du chocolat, aux noisettes bien entendu. Devant le présentoir du supermarché PAM (un nom pareil je vous promets que ça ne s'invente pas), j'ai hésité un bref instant, puis à cause du temps qui passait et du risque d'arriver en retard à mon cours, une main preste et décidée s'est emparée de la tablette au juger la plus économique avant de se hâter vers la caisse en tenant fermement l'objet de sa convoitise.
Mais lorsque j'ai retiré le papier d'argent et rompu quelques carreaux à des fins de dégustation dans le bus roulant vers le centre-ville, je me suis rendu compte que de noisettes il n' y avait point. Ou alors c'était comme dans un jeu où il fallait chercher une petite chose bien cachée, fort bien dissimulée. J'ai lu sur l'emballage 'chocolat à la noisette authentique' sans que le mot s'accompagne du pluriel, on pouvait donc être certain qu'il devait y en avoir une au moins quelque part, enrobée de cacao trop largement répandu ou disons, pour être plus exact, de vanilline bon marché.
Que de rêves déçus dans cette vie, que de promesses non tenues de la part d'inconnus, que de croyances sans lendemains!
Il pleuvait sans trêve ce matin-là. L'écureuil à l'estomac frustré et à l'esprit déçu sautilla sur le chemin pour éviter les flaques d'eau. Il trouva le cours théorique ennuyeux et son esprit continua de bondir avec agilité d'une idée à l'autre tandis qu'il croisait ses pattes inférieures assis sur sa chaise et qu'il dessinait un jeu de morpion qu'il semblait gagner contre un partenaire imaginaire.
Laisse pleurer, lui dit sa voix intérieure, toutes les larmes du monde, commence par celles du corps qui sont les perles précieuses du vivant. Laisse pleurer les pluies de printemps qui noient Venise sous ses eaux. Vis, toi, confortablement au sec dans le tronc de l'arbre, celui du marronnier de la cour intérieure, par exemple, que tu aperçois depuis les fenêtres de l'institut. Vis dans un univers où sont rassemblées quelques possessions comestibles essentielles qui font par avance saliver l'esprit. Laisse la science maigre et les soucis abondants, sois plutôt un impondérant qui promène de nouveau de branche en branche son ignorance légère, son ironie sucrée.
Demain ta dent aiguë croquera sans doute ce chocolat blanc fourré de noisettes entières si sympathiques que tu as repéré au supermarché, pendant que ton esprit calculateur t'égarait et te faisait choisir la mauvaise marque. Demain sera meilleur, demain est toujours meilleur que la veille, c'est une loi de la nature que les écervelés de ton espèce tiennent pour certaine.
Padova, 20.2.2004
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