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Va, laisse t’emporter la sterne blanche
Sur le dos de l’arc-en-ciel irisé
Et glisse sur le nuage qui penche
Vers le pays des anges dont tu es.
Cours dans le sable que l’onde chahute,
Ajoute à ton château un pont-levis,
Peu importe que la marée l’ampute :
Déjà en riant tu le reconstruis.
Cueille en flânant aux prairies le bouquet
Admirant en passant la coccinelle,
Couché dans l’herbe surprends le criquet
Jouer son curieux air de violoncelle.
Attirant à toi les fruits convoités,
Grappille les mûres ôtées du buisson
Savoure leur gout sur tes doigts tachés
De tes lèvres bleues de petit glouton.
Près du tilleul applaudi par la pluie,
Sous l’éclat net d’une étoile d’argent,
Bois l’or du jour, le baiser de la nuit,
De ton regard écarquillé d’enfant
Car l’heure qui vient n'est point musicienne
Spoliant la vie de ses plus beaux couplets,
Un jour la candeur te sera lointaine…
Alors va, profite, même à l’excès.
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