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2001, Une Autre Odyssée de l'Espace - 2

le samedi 03 novembre 2012, à 11:51. Posté par AC



    A terre j'attendis le bus de ville toujours en compagnie de mon voisin de vol qui ne me lâchait plus, nous avions dû garder les vaches sacrées ensemble dans des vies antérieures, lui s'en souvenait, moi non. 'Vous allez voir me dit-il, Faro ressemble un peu à Sarcelles, il faut en vouloir.'

    Je dois dire qu'il n'avait pas tout à fait tort. Nous restâmes bloqués dans les embouteillages à l'entrée de la ville pendant une demie-heure, ce qui me donna le temps d'admirer les grues et les cités en construction de toutes les couleurs dans des tons pastels allant du rose bonbon au vert pistache. Par contraste, le centre-ville avait une allure rudement délabrée avec ses bâtiments poussiéreux et ses palmiers languissants. Le bus me laissa près d'un parc où des vieux jouaient aux boules tous habillés du même survêtement Adidas. Je pris une rue au hasard, la rua do Bocage et par chance débouchai sur un hôtel. Residencial Sami, voilà qui ferait parfaitement l'affaire.

    Comme nous étions hors saison j'eus droit à une chambre double à lit king size avec salle de bains attenante et, comble du luxe, une baignoire également spacieuse. Je fis couler l'eau, jetai dedans du savon moussant, puis lançai mes vêtements aux quatre coins de la pièce. Voilà ce que signifie vraiment vivre m'écriai-je exhalté!

    Le matelas étais moelleux, parfait pour faire du trempolin, la chambre délicieusement douillette, mais des chats poussèrent des cris horribles, se pourchassant et feulant pour des bouts de poisson pourris dans les poubelles jusque tard dans la nuit juste sous mes fenêtres qui donnaient du côté des cuisines.

    A chaque assoupissement mon patron m'apparaissait avec son visage écrasé de limande répétant des bouts de phrases sans intérêt: 'rollover des jours d'absence, efforts insuffisants de l'équipe bleue, renforcement stratégique du merchandizing ciblé' Je me tournai sur le côté et pensai que je n'avais pas à m'en faire pour ce vieil emmerdeur, et que, de toutes les façons, j'appartenais à l'équipe rose.

    Au matin après un tour en ville et quelques achats sommaires, je me décidai à partir en excursion. Le temps était superbe, 20 degrés en plein mois de novembre. Le réceptionniste me recommanda Albufeira. 'Vous allez voir, c'est une petite merveille, ne ratez surtout pas les barques colorées des pêcheurs.'

    Pendant environ une quarantaine de kilomètes dans un autobus bringuebalant menaçant à tout instant d'expirer, nous ne vîmes que du béton et, de temps en temps, le vert de quelque terrain de golf. Soudain le bus s'immobilisa d'un coup sans prévenir en pleine ligne droite.

    'Nous ne pouvons plus continuer' annonça le chauffeur au micro. Je descendis intrigué pour voir ce qui se passait ainsi que la plupart des passagers. Quelques jouets dont certains étaient brisés jonchaient la chaussée: une poupée Barbie en plastique dont un des bras était arraché, des trains mécaniques, une baguette de magicien, des playmobiles et des cubes de construction.

    'Nous ne pouvons plus continuer' répéta le conducteur en hochant la tête

    'Mais enfin pourquoi'? lui demandai-je. Nous ne pouvons pas attendre ici toute la sainte journée parce qu'un enfant visiblement négligent a semé ses jouets sur la route, c'est ridicule. Si vous ne voulez pas vous bouger parce que vous avez une sciatique, je vais le faire pour vous. Et, joignant le geste à la parole j'envoyai du pied valser tous les objets dans les fourrés de ronces le long de la route.

    Un petit cri s'échappa de la bouche d'une vieille femme drapée de noir: 'Jésus Marie vous n'auriez pas dû faire ça, vous nous mettez tous à la merci du Malin'

    'Oui, reprit le chauffeur, le mauvais oeil peut désormais frapper n'importe lequel d'entre nous, ce n'est pas très intelligent de votre part, que le Seigneur nous protège de votre inconséquence.'

    Pendant le reste du trajet je n'arrêtai pas de bougonner. 'De vrais fadas ces gens-là, le soleil leur a tapé sur la tête ma parole'.

    Enfin nous atteignîmes Albufeira. Le bus nous arrêta sur un parking de terre battue au milieu de terrains vagues. Des gitans avaient élu domicile non loin de là, ils avaient érigé une tente de fortune dans laquelle se trouvaient des chevaux qu'un gamin de 10 ans habillé d'un blouson perfecto allait nourrir un seau à la main.

    L'office de tourisme était fermé quand bien même ses horaires le donnaient ouvert. Les montres des fonctionnaires sont sans doute aussi molles dans ce pays que celles de Dali pensai-je irrité. J'avisai un hôtel et pressai la sonnette. Une matrone en pantoufles apparût sur le seuil. 'Que voulez-vous? Nous sommes fermés! Une chambre? Allez-voir au Rocamar si par hasard vous n'y seriez pas!

    Il n'était pas question de passer une seule nuit au Rocamar vu mon budget. Je perdis une partie de l'après-midi à me morfondre assis sur un banc de la place principale après bien des recherches infructueuses. Deux jeunes motards en tenue cuir des pieds à la tête sur le siège d'en face taquinaient un jeune chien sauvage avec une brindille. Lorsque l'un d'eux essaya de la lui introduire dans les narines le cabot se rebiffa et lui mordit la main violemment. Voilà qui est bien fait pensai-je mais cela ne résoud pas mon problème de logement.

    Un couple composé d'un Américain et d'une Portugaise attira mon attention alors qu' ils discutaient fort en anglais. Je les abordai et leur demandai où loger. Ils furent très coopératifs. Allez donc à la padaria et demandez à la boulangère, elle loue des chambres. J'eus de la chance en effet, la boulangère appela son mari, un type vieillissant aux mains farineuses et aux narines frémissantes. Il me conduisit dans un appartement en co-location non loin de là. La chambre avait été celle de son fils, celle d'un adolescent typique parti pour le service militaire: guitare accrochée au mur, photo de lui sans doute en train de bécotter sa nana, papier à rouler pour cigarettes dans le tiroir de la table, je me demandai même si en fouillant un peu je ne trouverais pas un peu de shit pour me rouler un joint.

    Ma tranquillité revenue ne dura pas. Il me fallait maintenant me coucher avec la pensée que des inconnus ne sachant pas que j'occupais cette chambre allaient probablement rentrer à des heures tardives. Qui étaient-ils, quelle serait leur réaction éventuellement en m'entendant ronfler? Il n'en fallut pas plus pour me plonger dans l'inquiétude et me persuader de ne dormir que d'un oeil.






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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
Michel (Signes de Vie) le samedi 03 novembre 2012, à 16:14

Toujours aussi prolixe AC ;)
Et tes citations, un vrai plaisir ...
Amitié

abci le samedi 03 novembre 2012, à 21:02
Merci Michel. J'ai pensé qu'en période d'Halloween ce récit avait toute sa place ici...
http://www.mespoemes.net/abci

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