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Impressions de promenade ( JEHAN RICTUS )

Le jeudi 1 août 2013 à 10:45, posté par COLLECTIF · auteur : JEHAN RICTUS

Illustration du poème « Impressions de promenade ( JEHAN RICTUS ) »
Impressions de promenade


Quand j’pass’ triste et noir, gn’a d’quoi rire.
Faut voir rentrer les boutiquiers
Les yeux durs, la gueule en tir’lire,
Dans leurs comptoirs comm’ des banquiers.

J’les r’luque : et c’est irrésistible.
Y s’caval’nt, y z’ont peur de moi,
Peur que j’leur chopp’ leurs comestibles,
Peur pour leurs femm’s, pour je n’sais quoi.

Leur conscienc’ dit : « Tu t’soign’s les tripes,
Tu t’les bourr’s à t’en étouffer,
Ben, n’en v’là un qu’a pas bouffé ! »
Alors, dame ! euss y m’prenn’nt en grippe !

Gn’a pas ! mon spectr’ les embarrasse,
Ça leur z’y donn’ comm’ des remords :
Des fois, j’plaqu’ ma fiole à leurs glaces,
Et y d’viennent livid’s comm’ des morts !

Du coup, malgré leur chair de poule,
Y s’jett’nt su’ la porte en hurlant :
Faut voir comme y z’ameut’nt la foule
Pendant qu’Bibi y f… son camp !

« Avez-vous vu ce misérable,
Cet individu équivoque ?
Ce pouilleux, ce voleur en loques
Qui nous r’gardait croûter à table ?

« Ma parole ! on n’est pus chez soi,
On n’peut pus digérer tranquilles…
Nous payons l’impôt, gn’a des lois !
Qu’est-c’ qu’y font donc, les sergents d’ville ? »

J’suis loin, que j’les entends encor :
L’vent d’hiver m’apport’ leurs cris aigres.
Y piaill’nt, comme à Noël des porcs,
Comm’ des chiens gras su’ un chien maigre !

Pendant c’temps, moi, j’file en silence,
Car j’aim’ pas la publicité ;
Oh ! j’connais leur état d’ santé,
Y m’ f’raient foutre au clou… par prudence !

Comm’ ça, au moins, j’ai l’ bénéfice
De m’ répéter en liberté
Deux mots lus su’ les édifices :
« Égalité ! Fraternité ! »

Souvent, j’ai pas d’aut’ nourriture :
(C’est l’ pain d’ l’esprit, dis’nt les gourmets.)
Bah ! l’Homme est un muff’ par nature,
Et la Natur’ chang’ra jamais.

Car, gn’a des prophèt’s, des penseurs
Qui z’ont cherché à changer l’Homme.
Ben quoi donc qu’y z’ont fait, en somme,
De c’kilog d’ fer qu’y nomm’nt son Cœur ?

Rien de rien… même en tapant d’ssus
Ou en l’prenant par la tendresse
Comm’ l’a fait Not’ Seigneur Jésus,
Qui s’a vraiment trompé d’adresse :

Aussi, quand on a lu l’histoire
D’ ceuss’ qu’a voulu améliorer
L’ genre humain…, on les trait’ de poires ;
On vourait ben les exécrer :

On réfléchit, on a envie
D’ beugler tout seul « Miserere »,
Pis on s’ dit : Ben quoi, c’est la Vie !
Gn’a rien à fair’, gn’a qu’à pleurer.


Gabriel Randon ( JEHAN RICTUS ) ( 1867 - 1933 )

3 commentaires

salus · le jeudi 1 août 2013 à 11:03

C'point trop mal,
a m'fait penser à du Couté (Gaston)
R'merciements !
S'lus

odradek · le vendredi 2 août 2013 à 19:58

Merci, une découverte pour moi, à mon avis sera classe. Amitié.
http://www.mespoemes.net/odradek

rivaudais · le mercredi 7 août 2013 à 18:17

Salus, salut."jJsuis d'passag'." Couté, Rictus: deux vrais poètes que j'aime et que je ne cesse de rappeler . Je suis heureux de voir que je ne suis pas le seul

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