Placet futile ( Stéphane MALLARME )

Placet futile
Princesse ! à jalouser le destin d'une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J'use mes feux mais n'ai rang discret que d'abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.
Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du rouge, ni Jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres !
Nommez-nous... toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau d'agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,
Nommez-nous... pour qu'Amour ailé d'un éventail
M'y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.
Stéphane MALLARME (1842-1898)
Princesse ! à jalouser le destin d'une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J'use mes feux mais n'ai rang discret que d'abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.
Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du rouge, ni Jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres !
Nommez-nous... toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau d'agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,
Nommez-nous... pour qu'Amour ailé d'un éventail
M'y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.
Stéphane MALLARME (1842-1898)
1 commentaire
salus · le jeudi 20 février 2014 à 20:17
Hélas estropié, ce tableau de Manet, ami du poète, est, de même que ces vers, d'une infinie subtilité !
le texte est d'une jalousie fébrile pour ces images champêtres, un peu mièvres, qui ornent les porcelaines des gouters et des thés, et qui ont la chance - et le culot - d’effleurer les lèvres convoitées ! Jalousie aussi envers le chien choyé ; rets implacables du regard, rires érigés en défenses contre tout prétendant...
Le fantasme pousse même l'auteur à se voir en faune flutant, après que soit calmées les ardeurs - supposées - de la belle !
le dernier vers est très beau et très évocateur !
- notez l'alternance de tutoiement et de voussoiement qui traduit la passion; l'espoir, la colère et la frustration !
(Mallarmé ! Vous dirais-je toute mon admiration éperdue pour cet immense symboliste !)
Salut,
Salus
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