La conscience ( Anna de NOAILLES )

La conscience
Incorruptible azur, déesse lumineuse,
Puisque vous avez bien voulu me visiter,
Je remettrai mon cœur entre vos mains soigneuses
Pour que vous le guidiez, par les nuits ténébreuses,
Au chemin de l'exacte et claire vérité.
Avant que vous vinssiez, ma grande camarade,
Ma vie était encore, à son tendre levant,
Amoureuse d'éclat, de lustre et de parade
Comme un cygne qui fuit l'eau sage de la rade
Pour monter sur la mer et danser dans le vent.
L'essaim voluptueux des heures turbulentes
Venait, en bondissant, à moi comme un chevreuil ;
J'ai détourné mes yeux de leur foule galante,
Et j'ai guéri pour vous mon âme violente
Du péché de colère et du péché d'orgueil.
Vous serez dans mon cœur comme une forteresse
Et je serai l'archer qui veille dans la tour,
Vous serez au pays profond de ma tendresse,
Entre les jardins verts de mes fines ivresses,
La route de soleil sans ombre et sans détour.
Ô vous dont la pudeur est peureuse et fragile,
Vous serez dans mon cœur belle comme un lac bleu,
Et vous verrez passer sur votre onde tranquille,
Pareils à des pigeons dont la blancheur défile,
Mes désirs obstinés, vaillants et scrupuleux...
Anna de NOAILLES (1876-1933)
Incorruptible azur, déesse lumineuse,
Puisque vous avez bien voulu me visiter,
Je remettrai mon cœur entre vos mains soigneuses
Pour que vous le guidiez, par les nuits ténébreuses,
Au chemin de l'exacte et claire vérité.
Avant que vous vinssiez, ma grande camarade,
Ma vie était encore, à son tendre levant,
Amoureuse d'éclat, de lustre et de parade
Comme un cygne qui fuit l'eau sage de la rade
Pour monter sur la mer et danser dans le vent.
L'essaim voluptueux des heures turbulentes
Venait, en bondissant, à moi comme un chevreuil ;
J'ai détourné mes yeux de leur foule galante,
Et j'ai guéri pour vous mon âme violente
Du péché de colère et du péché d'orgueil.
Vous serez dans mon cœur comme une forteresse
Et je serai l'archer qui veille dans la tour,
Vous serez au pays profond de ma tendresse,
Entre les jardins verts de mes fines ivresses,
La route de soleil sans ombre et sans détour.
Ô vous dont la pudeur est peureuse et fragile,
Vous serez dans mon cœur belle comme un lac bleu,
Et vous verrez passer sur votre onde tranquille,
Pareils à des pigeons dont la blancheur défile,
Mes désirs obstinés, vaillants et scrupuleux...
Anna de NOAILLES (1876-1933)
6 commentaires
CécileD · le mercredi 30 septembre 2015 à 17:17
Encore une délicieuse découverte!
Je ne sais que lire et en vous remerciant,
Je vous dit : j'en savoure chaque instant!
Salus · le mercredi 30 septembre 2015 à 19:34
Me laisse perplexe, et mon âme chagrine
En chancelle ! - Anna tu me brises le cœur.
- Ô ! Mon égérie, ô ma chère elfe, et fine !
Pourquoi ?
(quand au fond, il est...profond !)
CécileD · le mercredi 30 septembre 2015 à 20:35
Salus · le mercredi 30 septembre 2015 à 21:02
domi · le jeudi 1 octobre 2015 à 08:39
salus, pour ta remarque, ça fait longtemps que je cherche à savoir ce qu'est le néoclassique, en est-ce un exemple ici, quelques petites entorses au classique ? ou est-ce une différence plus profonde ? je nage...alors merci à toi si tu sais.
Salus · le jeudi 1 octobre 2015 à 12:18
le simple fait de pratiquer couramment -et volontairement- l'entorse, oui, place Anna dans une occurrence "néo-classique".
Mais cette branche, dont l'impréhensible relève, techniquement, sans l'ombre d'un doute, cette branche est, à mon sens, pratiquement pourrie, même si moult poèmes fabuleux y bourgeonnent depuis toujours !
Le marcotage reste sa seule chance...
Tu peux regarder en ligne le fameux "traité de versification à l'usage des classiques et des dissidents" (à peu près) de Gilles Sorgel.
Salut !
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