Sur place (Jacques Herman)
Sur place
Si le vent te dégoûte, prends donc la route, et la distance te sera salutaire. Tu te retireras, tu quitteras le pays pour le sable brûlant du désert et tu respireras l'air pur du repli sur soi, de la visite non accompagnée de tes gouffres inhabités dont on espère qu'un jour tu reviendras.
Mais tu peu aussi choisir de rester dans la puanteur des lieux où tu vis, répéter sans cesse avec une feinte conviction que l'air d'ici est pur et bon, qu'il serait vain de le quêter ailleurs et qu'à tout bien réfléchir, l'herbe de ce pré est aussi verte que celle du pré d'à côté. "Faisons montre de raison", te conseillent les sous-doués.
Alors, lourdement influencé, tu prends la décision de ne rien quitter, de ne rien rompre, de maintenir en toi , autour de toi et à jamais l'insécable, l'intouchable, la royale unité. Celle qui garantit le bonheur des niais voire la paix dans le monde.
En quelques secondes, on t'applaudit des deux mains. La foule te fait la fête. Tu ne bouges plus. Tu fais du sur place, Chaque jour, sans le savoir, tu t'enfonce un peu plus dans la glaise. Encore un peu de temps, juste un brin de patience, et ce sera l'étouffement et le règne sans fin de ton profond silence.
Jacques Herman
http://quedespoemes.blogs.dhnet.be/
Si le vent te dégoûte, prends donc la route, et la distance te sera salutaire. Tu te retireras, tu quitteras le pays pour le sable brûlant du désert et tu respireras l'air pur du repli sur soi, de la visite non accompagnée de tes gouffres inhabités dont on espère qu'un jour tu reviendras.
Mais tu peu aussi choisir de rester dans la puanteur des lieux où tu vis, répéter sans cesse avec une feinte conviction que l'air d'ici est pur et bon, qu'il serait vain de le quêter ailleurs et qu'à tout bien réfléchir, l'herbe de ce pré est aussi verte que celle du pré d'à côté. "Faisons montre de raison", te conseillent les sous-doués.
Alors, lourdement influencé, tu prends la décision de ne rien quitter, de ne rien rompre, de maintenir en toi , autour de toi et à jamais l'insécable, l'intouchable, la royale unité. Celle qui garantit le bonheur des niais voire la paix dans le monde.
En quelques secondes, on t'applaudit des deux mains. La foule te fait la fête. Tu ne bouges plus. Tu fais du sur place, Chaque jour, sans le savoir, tu t'enfonce un peu plus dans la glaise. Encore un peu de temps, juste un brin de patience, et ce sera l'étouffement et le règne sans fin de ton profond silence.
Jacques Herman
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2 commentaires
domidom · le mardi 9 novembre 2010 à 22:39
http://www.mespoemes.net/domidom
dagolaborel · le mercredi 10 novembre 2010 à 14:45
http://www.mespoemes.net/dagolaborel
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