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Thierry Paul Valette auteur

Fragment: Débarquement Juin 44

Le lundi 16 janvier 2017 à 16:16, posté par thierry paul valett · auteur : Thierry Paul valette · 114 lectures

Fragments.

Maman,

Quand j'ai senti ce vent de pluie pénétrant le ciel,
Je me suis précipité tout en en haut du Clocher qui dominait la baie de Colleville.
Dans le silence de son vaste empire.
Le soleil, tendre et pénétrant,
Qui chaque soir
S'endort aux soupirs des cormorans,
Semblait livrer sa dernière bataille.

Je fixais les nuages qui se rapprochaient de la falaise
Et s’élevaient face aux vieux remparts.
Comme de minuscules fourmis, désordonnés au loin ,
J'apercevais les derniers marins qui remontaient leurs filets,
Les rares promeneurs qui s'agitaient pus vite que des pantins désarticulés.

Dans une symphonie de couleurs médiévales,
La peau du soleil d'ordinaire d'un bronze si doré aux teintes cuivrées,
Se recouvrait d'asphalte bleuté , de noix et de myrtilles.
Son regard injecté de rouge défiait
Dans une lumière électrique
Ces stratus et cumulus d'outre-tombe.

Ce soir la maman j’assistais aux noces du ciel et de la mer,
Et je savourais ce moment privilégié.
J'aurai voulu que mes yeux puissent dévorer le ciel dans son entier,
Que ma bouche croque ce savoureux biscuit de tempête .
Que mes mains d'argile
Touche cette mer saupoudrée
D’écume et de jade en fusion.
D'immenses vagues en colère
Se fracassaient contre les rochers.
Rappelant à ma mémoire
Ce 6 juin 1944

Ce soir la maman, je redevenais un enfant ,
Ton enfant
Mais un enfant
En pleur,
Fragile,
Abandonné,
Terrorisé,
Prisonnier entre deux générations,
Qui par ce sale et triste mois de printemps 44
Avait vu cette interminable grève gémissante
Avide de chair fraîche et de souffrances ,
Assoiffée de sang chaud
Cette plage grondante et brunissantes
Aux dantesques et impénétrables lueurs rougissantes,
Jeter à mes pieds ces fragments de soldat démembrés,
Agonisants en cris dans d'atroces douleurs décharnées,
Prisonniers de cet unique tombeau de sable et d'acier,
De ces barbelés ensanglantés
Qui laissaient s'échapper leurs derniers râles désespérés.

Maman
J'aurais tellement voulu que tu sois la,
Si prés de moi ce matin la,
Que tu caches mes yeux d'enfants,
Que tu poses tes mains contre mes oreilles
Pour que je n'entende pas jusqu'à la fin de mes jours
Les bruits de ces mitraillettes qui percent les os et fendent les vies ,
Les bruits de ces obus qui explosent en cœur
Dans les cris et les pleurs et qui ne laissent derrière eux
Qu'une sale odeur de souffre, de puanteur et de chair brûlée.
Aujourd’hui encore viennent chaque nuit hanter dans ma mémoire ces terribles douleurs
Qui sans cesse me rappellent que non
Tu ne pouvais pas être la maman
Ce jour là
Ce matin là
Sur les plages d'Omaha

Parce-que du Vel d' Hiv tu n'allais jamais rentrer.

Thierry Paul Valette
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2 commentaires

clairedeterre · le lundi 16 janvier 2017 à 16:26

Il n'y a pas de mots tellement ce poème est poignant.
Clairedeterre

guillaume · le lundi 16 janvier 2017 à 22:57

bonsoir thièrry, très belle description de la guerre, de cet épisode très tragique et très émouvant, c'est très bien écrit, bravo!!! amitiès. http://www mes poèmes.net/funky571/

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