[TEXTE] L’utopie du désespoir
Je me réveille en sueur. Un coup d’œil sur le réveil : il est cinq heures du matin. Un mois déjà, me dis-je à haute voix comme pour mieux y croire. Un mois, qu’ils l’ont tué. Ca me paraît hier. Je n’ai pas arrêté d’y penser et pourtant je ne pourrait oublier ce jour. Le 16 octobre 2003. Le téléphone avait sonné dans la nuit. Ma mère. Il est à l’hôpital me dit elle. Entre la vie et la mort, les médecins sont inquiets et ne veulent pas se prononcer. Ton père est en chemin viens vite.
A l’époque j’habitais une de ces banlieues « à problème » ou « difficile » comme les médias se plaisent à le répéter. Il n’y a pas de place pour les rêves dans ces quartiers. L’indifférence y règne. Entraînant inévitablement la violence. Mais là ça avait été trop loin.
J’arrivais à l’hôpital. Ma mère était en pleurs. Mon père lui si dur d’habitude n’avait pas non plus réussi à contenir ses larmes. Il est mort me dis mon père. Je l’avais déjà compris en les voyant. C’était trop tard. Les médecins n’avaient rien pu faire. Tué par la connerie des hommes cria mon père comme pour mieux évacuer sa détresse. Ils l’ont tué. Ils ont tué mon frère. Quinze ans, que connaissait-il de la vie. Avait il vécut seulement ?
Ce n’était pas le premier à mourir pour « leur cause ». La haine est à « la cote » en France ces derniers temps. Le climat social et politique instable profite à ces gens là. Commettre un crime de sang n’est qu’une formalité pour eux. La haine entraîne la haine. Ma mère l’avait bien compris en me regardant : je le vengerais.
C’était le quatrième crime de haine qu’ils commettaient en quelques mois. « Ils », un groupe de pro-nazi clandestin en apparence. En apparence seulement car tout le monde ici le savait. Ce groupe est allié à l’extrême droite française. La police en avait attrapé un ce soir là. Un seul. Combien donc étaient-ils seulement à le tabasser pour le simple plaisirs de le voir mourir. Prennent-ils leur pied seulement. Imaginez, ces gens vous pourriez les croiser dans la rue, ils pourraient même être vos collègues de bureau avec qui vous partagez le café de dix heures. Mais la nuit ils se transforment en bête haineuse.
Sachant bien que je n’arriverais pas à dormir je me leva et m’habilla. Un coup d’œil à la pendule électronique :16 novembre 2003 – cinq heures vingt-trois. Je me souviens bien de ce jour. C’est ce jour là que je suis mort.
Dans la voiture la radio en parlait encore ce matin. « Paris-sud un nouveau meurtre d’un jeune homme d’origine magrebine de dix-sept ans. Les meurtriers n’ont pas été arrêté par la police arrivé trop tard mais ce meurtre porte la marque du groupe OBSCURANTISME qui a déjà commis cinq crimes dont le dernier en date, Saïd, il y a un mois de cela. Météo pour auj… ».
S’en était trop. Si personne, pas même la police, n’agissait un nouveau acte barbare allait se produire. J’avais décidé de venger la mémoire de mon frère et des autres, assassinés pour leurs origines et leurs couleur de peau. Assassinés par la bêtise de l’homme, par ce que l’homme a de plus mauvais, de plus lache. Tué par une haine qui n’a plus raison d’être. Torturés, battus, puis sauvagements éxécutés sans regrêts ni remords par des bourreaux sans cœurs, sans âmes. Mort pour être différents d’eux.
Ce que je ne savais pas c’est que la prochaine victime, c’était moi.
La journée fut plutôt calme. A l’époque j’avais un petit boulot que j’avais trouvé deux mois auparavant. Rien de très remarquable mais ça me permettait de vivre, enfin de survivre. Je bossais à Mc Do. Je cuisais des steaks-hachés toute la journée.
Ce jour là, je n’attendais qu’une seule chose : dix-sept heures trente. La fin de mon service. Je ne savais pas ce que j’allais faire mais mon désir de vengeance allait en grandissant au fil des heures. La haine n’apportait rien. Je le savais. La vengeance n’était probablement pas la bonne solution. Mais que me restait-il comme alternative au fond ? La police faisait la sourde oreille à propos de cette affaire et cinq morts c’était déjà trop à mon goût. Il ne fallait pas d’impunité pour ces voyous, ces criminels, ces assassins.
Dix-neuf heures. Je me trouvais devant les bureaux de l’antenne régional du Parti National, le PN ou le P-Haine comme on se plait à l’appeler. Je savais de source sûre qu’une réunion avait lieu ce soir dans ces bâtiments. Je décidais de m’y inviter. Je ne pensais pas que je n’allais jamais en ressortir vivant.
Ils m’eurent comment ils eurent mon frères et les autres. Tels des sauvages. Laissant ressortir leur haine, leur rage indescriptible. Ils m’assassinèrent ce soir là. Je vois déjà la peine de ma mère, la colère de mon père. Ses deux seuls fils assassinés par une meute de hyènes assoiffés de haine. Mais je ne serais pas mort pour rien et je sais que ça, mon père en est fier.
La police, prévenu par des voisins qui entendirent mes hurlements, ont débarqués au siège du Parti National vers vingt-trois heures. J’étais déjà mort mais peu importe. S’en était fini pour eux.
Le lendemain, les médias l’annoncèrent : le Parti National est dissout, ses principaux représentants écroués. Le PN a enfin été reconnu comme un parti raciste, nazi et anti-constitutionnel. La semaine suivante une loi passait au parlement prônant l’interdiction de tout parti d’extrême droite ou assimilé comme tel à se présenter à une élection ou même d’exister.
Non, décidément, je n’étais pas mort pour rien.
Prologue
Six heures. « Tut-tut ». Mon réveil sonne. Non je ne suis pas mort mais eux, eux sont toujours là. Etrange rêve que ce pays dit « des droits de l’Homme » enfin débarrassé de la vermine… Non vraiment, ça me fait trop de peine, je préfère me rendormir. Et rêver seul à un monde meilleur où, tous sur un pied d’égalité, nous virerions heureux sur notre bien belle petite planète bleue.
La réalité étant différente, j’aurais préféré, au fond, mourir ce soir. La paix de l’âme retrouvé.
Plutôt que de crever, à petit feu, chaque jour dans ce monde pourri. Pourri par la haine, la tune et la misère. Cette misère que l’on veut nous faire oublier devra bien s’exprimer un jour. Et ce jour là, messieurs nos dirigeants, ce jour là, ça fera vraiment mal.
Les médias ont raison de le dire. « Ca va mal ». Mais ce qui va faire mal, c’est la colère d’un monde d’oubliés qui, un jour, va se réveiller et peut-être enfin vivrons nous notre vie réellement sans trop y penser, vivre pour vivre et non vivre pour mourir un jour, somnolant, et, insouciamment vivre cette vie nouvelle pleine d’espoirs, de rêves et d’utopie retrouvées. En profiter un peu plus chaque jour sans penser à des lendemains de miséricordes. Des lendemains ou le monde, le notre, reculerait encore plus. Des lendemains de guerres et de sang. Des lendemains ou l’être humain serait moins « humain » que la veille. Des lendemains que nous avons vécut hier et aujourd’hui encore. Des lendemains perdus. Perdus dans les méandres de l’infini. Perdus à jamais. A jamais retrouvés.
Et si ce jour c’était demain ?
A l’époque j’habitais une de ces banlieues « à problème » ou « difficile » comme les médias se plaisent à le répéter. Il n’y a pas de place pour les rêves dans ces quartiers. L’indifférence y règne. Entraînant inévitablement la violence. Mais là ça avait été trop loin.
J’arrivais à l’hôpital. Ma mère était en pleurs. Mon père lui si dur d’habitude n’avait pas non plus réussi à contenir ses larmes. Il est mort me dis mon père. Je l’avais déjà compris en les voyant. C’était trop tard. Les médecins n’avaient rien pu faire. Tué par la connerie des hommes cria mon père comme pour mieux évacuer sa détresse. Ils l’ont tué. Ils ont tué mon frère. Quinze ans, que connaissait-il de la vie. Avait il vécut seulement ?
Ce n’était pas le premier à mourir pour « leur cause ». La haine est à « la cote » en France ces derniers temps. Le climat social et politique instable profite à ces gens là. Commettre un crime de sang n’est qu’une formalité pour eux. La haine entraîne la haine. Ma mère l’avait bien compris en me regardant : je le vengerais.
C’était le quatrième crime de haine qu’ils commettaient en quelques mois. « Ils », un groupe de pro-nazi clandestin en apparence. En apparence seulement car tout le monde ici le savait. Ce groupe est allié à l’extrême droite française. La police en avait attrapé un ce soir là. Un seul. Combien donc étaient-ils seulement à le tabasser pour le simple plaisirs de le voir mourir. Prennent-ils leur pied seulement. Imaginez, ces gens vous pourriez les croiser dans la rue, ils pourraient même être vos collègues de bureau avec qui vous partagez le café de dix heures. Mais la nuit ils se transforment en bête haineuse.
Sachant bien que je n’arriverais pas à dormir je me leva et m’habilla. Un coup d’œil à la pendule électronique :16 novembre 2003 – cinq heures vingt-trois. Je me souviens bien de ce jour. C’est ce jour là que je suis mort.
Dans la voiture la radio en parlait encore ce matin. « Paris-sud un nouveau meurtre d’un jeune homme d’origine magrebine de dix-sept ans. Les meurtriers n’ont pas été arrêté par la police arrivé trop tard mais ce meurtre porte la marque du groupe OBSCURANTISME qui a déjà commis cinq crimes dont le dernier en date, Saïd, il y a un mois de cela. Météo pour auj… ».
S’en était trop. Si personne, pas même la police, n’agissait un nouveau acte barbare allait se produire. J’avais décidé de venger la mémoire de mon frère et des autres, assassinés pour leurs origines et leurs couleur de peau. Assassinés par la bêtise de l’homme, par ce que l’homme a de plus mauvais, de plus lache. Tué par une haine qui n’a plus raison d’être. Torturés, battus, puis sauvagements éxécutés sans regrêts ni remords par des bourreaux sans cœurs, sans âmes. Mort pour être différents d’eux.
Ce que je ne savais pas c’est que la prochaine victime, c’était moi.
La journée fut plutôt calme. A l’époque j’avais un petit boulot que j’avais trouvé deux mois auparavant. Rien de très remarquable mais ça me permettait de vivre, enfin de survivre. Je bossais à Mc Do. Je cuisais des steaks-hachés toute la journée.
Ce jour là, je n’attendais qu’une seule chose : dix-sept heures trente. La fin de mon service. Je ne savais pas ce que j’allais faire mais mon désir de vengeance allait en grandissant au fil des heures. La haine n’apportait rien. Je le savais. La vengeance n’était probablement pas la bonne solution. Mais que me restait-il comme alternative au fond ? La police faisait la sourde oreille à propos de cette affaire et cinq morts c’était déjà trop à mon goût. Il ne fallait pas d’impunité pour ces voyous, ces criminels, ces assassins.
Dix-neuf heures. Je me trouvais devant les bureaux de l’antenne régional du Parti National, le PN ou le P-Haine comme on se plait à l’appeler. Je savais de source sûre qu’une réunion avait lieu ce soir dans ces bâtiments. Je décidais de m’y inviter. Je ne pensais pas que je n’allais jamais en ressortir vivant.
Ils m’eurent comment ils eurent mon frères et les autres. Tels des sauvages. Laissant ressortir leur haine, leur rage indescriptible. Ils m’assassinèrent ce soir là. Je vois déjà la peine de ma mère, la colère de mon père. Ses deux seuls fils assassinés par une meute de hyènes assoiffés de haine. Mais je ne serais pas mort pour rien et je sais que ça, mon père en est fier.
La police, prévenu par des voisins qui entendirent mes hurlements, ont débarqués au siège du Parti National vers vingt-trois heures. J’étais déjà mort mais peu importe. S’en était fini pour eux.
Le lendemain, les médias l’annoncèrent : le Parti National est dissout, ses principaux représentants écroués. Le PN a enfin été reconnu comme un parti raciste, nazi et anti-constitutionnel. La semaine suivante une loi passait au parlement prônant l’interdiction de tout parti d’extrême droite ou assimilé comme tel à se présenter à une élection ou même d’exister.
Non, décidément, je n’étais pas mort pour rien.
Prologue
Six heures. « Tut-tut ». Mon réveil sonne. Non je ne suis pas mort mais eux, eux sont toujours là. Etrange rêve que ce pays dit « des droits de l’Homme » enfin débarrassé de la vermine… Non vraiment, ça me fait trop de peine, je préfère me rendormir. Et rêver seul à un monde meilleur où, tous sur un pied d’égalité, nous virerions heureux sur notre bien belle petite planète bleue.
La réalité étant différente, j’aurais préféré, au fond, mourir ce soir. La paix de l’âme retrouvé.
Plutôt que de crever, à petit feu, chaque jour dans ce monde pourri. Pourri par la haine, la tune et la misère. Cette misère que l’on veut nous faire oublier devra bien s’exprimer un jour. Et ce jour là, messieurs nos dirigeants, ce jour là, ça fera vraiment mal.
Les médias ont raison de le dire. « Ca va mal ». Mais ce qui va faire mal, c’est la colère d’un monde d’oubliés qui, un jour, va se réveiller et peut-être enfin vivrons nous notre vie réellement sans trop y penser, vivre pour vivre et non vivre pour mourir un jour, somnolant, et, insouciamment vivre cette vie nouvelle pleine d’espoirs, de rêves et d’utopie retrouvées. En profiter un peu plus chaque jour sans penser à des lendemains de miséricordes. Des lendemains ou le monde, le notre, reculerait encore plus. Des lendemains de guerres et de sang. Des lendemains ou l’être humain serait moins « humain » que la veille. Des lendemains que nous avons vécut hier et aujourd’hui encore. Des lendemains perdus. Perdus dans les méandres de l’infini. Perdus à jamais. A jamais retrouvés.
Et si ce jour c’était demain ?
![Illustration du poème « [TEXTE] L’utopie du désespoir »](https://images.mespoemes.net/m/3097/f47594940d485c725ebb244aa3e8ced3.webp)
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2 commentaires
Signes de vie · le samedi 3 janvier 2004 à 23:22
Marie · le mercredi 25 mai 2005 à 16:32
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