Aller au contenu
MesPoèmes.net Créer mon site de poésie

Eupalinos

Dialogue de gourds

Le mercredi 28 juin 2006 à 05:41, posté par Jacques · 522 lectures

L’un

Enfin ! Écartez-vous ! Vous me faites de l’ombre !
Voyez dans quel courroux chacun de nous deux sombre !

L’autre

Je vous le dis, Monsieur, que vous exagérez…
De quel droit pensez-vous que je vous cèderai ?

L’un

Mais je suis ! et cela, Monsieur, devrait suffire,
Pour que vous me laissiez sans que j’ai autre à dire !

L’autre

Mais vous êtes, c’est sûr, plus ruffian que passant,
Et votre identité ne coule dans mon sang !

L’un

Il est sûr, en effet, que nous n’avons tété
De lait à même mamme… Oh ! le sale entêté !

L’autre

Vous n’êtes qu’un goret, et sans doute la truie
Qui çi-bas vous mit bât renie qui la détruit…

L’un

Cuistre ! Sachez que mon éducation refuse
Que contre vos éclats de mon talent j’abuse !

L’autre

Talent ! me dites-vous ! mais d’autres n’en avez
Que de rester ici planté comme un navet !

L’un

J’honore le légume qui montre racine,
Car jamais il ne cache sa noble origine !

L’autre

Je reconnais en vous le terrien besogneux,
Qu’outre enfoncer son groin jamais ne fera mieux !

L’un

Vous ne tiendrez pas compte de mon bel état ?
Je doute qu’à savoir cela vous épata !

L’autre

Dites donc, mon beau sire, à quel lustre brilla
Cet éclair de génie qui ternit votre éclat ?

L’un

Mais par mes titres ! mes fonction ! je suis ! j’existe !
Cela suffit pour que je règne sur la piste…

L’autre

Sont-ce donc vos mollets de baroudeur cycliste
Qui vous rendent si fin et subtil analyste ?

L’un

Décidément, vous ne respectez rien, barbare !
Du haut de mon perchoir, je martèle mon art…

L’autre

…Oratoire sans doutes ? Jouir quand je blesse,
- Ô mon plaisir ! - pourvu que je tienne la laisse…

L’un

Sachez que votre doute est pour moi une injure !
Pour cela je pourrais vous mener la vie dure.

L’autre

Ô le pauvre d’esprit qui appelle à rescousse
Sa sociale fonction à la moindre secousse…

L’un

Sachez qu’en d’autres temps, j’aurais fixé au pré
Une heure afin de vous coucher sous les cyprès !

L’autre

N’ayez donc de regrets, jouons comme en ces temps,
Et sachez dès ce jour d’hui que je vous attends

L’un

Sans doutes croyez-vous que je n’oserai pas
Aux mots joindre le geste envoyant à trépas ?

L’autre

Je constate, mon bon, qu’à vous ouïr je me lasse,
Tandis qu’espérez, las ! ma patience trépasse ?

L’un

Profitez que j’ai d’autres devoirs qui m’appellent
Pour que, sans nul honneur, vous vous fassiez la belle !

L’autre

Nous y voilà ! Telle grandeur d’âme soudain
Préserve des salons la perte d’un mondain…

L’un

Cela sera, manant ! puisque vous le voulez !
Et dès ce soir, vous affronterez… mon valet !

L’autre

Ô beau républicain, vide de particule,
Qui plus n’a de cervelle que de testicules !

L’un

Je m’en voudrais de n’exaucer tous vos désirs…
Votre arme ! que dès ce soir votre morgue expire !

L’autre

Mon arme vise au cœur, ignore vos empires ;
Mon arme, devant vous, toujours sera le rire.

1 commentaire

Marie (Battementsd'elle) · le dimanche 16 juillet 2006 à 11:03

Vraiment excellent ! Une satyre comme je les aime :)))

Connectez-vous pour laisser un commentaire, ou créez votre site, c'est gratuit.