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yylang

LES DROSOPHILES

Le samedi 7 juillet 2018 à 01:59, posté par yylang · 35 lectures

LES DROSOPHILES
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Comme des drosophiles, les chiffres pressés, contraints, alignés, toujours bien rangés par petits paquets, sourient méritants et disciplinés à leur maître-comptable. La fenêtre s’ouvre, un petit zéphyr se faufile, et forme un courant d’air taquin qui vient leur souffler de s’échapper. Et voilà les chiffres qui partent légers pour enfin se dégourdir les pattes, tortillonnées à longueur d’année, surtout le 8, et gambader.
Ils s’envolent partout, quelques uns accrochés ensemble comme des familles très unies, ou par deux, bras dessus, bras dessous, comme des amoureux
Le comptable est catastrophé! Comment faire pour continuer ses additions? Il court dans tous les sens pour les rattraper. Grosso modo la chasse est aisée. Il y en a des naïfs qui ne savent se cacher, des faibles qui ne savent résister et des timorés qui reviennent tout seuls.
Mais, il y a un zéro qui ne veut rien savoir. Il regarde narquois, accroché au plafond et semble dire avec un oeil malin:
«  Si tu veux me pincer, il faudra te lever matin, mais, un peu de gymnastique te fera du bien, à rester assis toute le journée, tu n’es qu’un gros sac d’embonpoint. »
Un zéro , direz-vous, ce n’est pas grand-chose, c’est même rien du tout, on peut s’en passer, attendre aisément qu’il soit fatigué et le laisser choir et même parfois ne pas en vouloir du tout!
Mais imaginez un peu qu’il soit placé derrière une série , elle même placée derrière une autre série de zéros et qu’il y en ait ainsi cinq ou six autres alignés précédés d’un superbe « UN »
Croyez-vous qu’il faille toujours le laisser filer?Alors muni d’une réglette, commence pour le comptable la lutte impitoyable qu’il faut livrer pour faire rentrer l’argent.
Pan! Pan, Amédée Fleurissoire ne parvenait pas mieux à capturer son zéro qu’à occire les moustiques au camping des « FLOTS BLEUS » durant ses dernières vacances d’été.
Il volète là-hait , ses ailes transparentes moirées, montrent mille veinules noires…

Entre le patron, qui trouve son comptable juché sur une chaise, les mains en l’air , bataillant l’horizon.
« Je présume, Monsieur le comptable que ce n’es pas une erreur que vous cherchez au plafond. Croyez-vous que je vous paie pour aller à la chasse aux papillons?
« Chut, taisez-vous, Monsieur le directeur, je crois que ça y est , je la tiens, la sale bestiole, elle s’est coincée une aile »
Le zéro, tout piteux, tente encore de se dégager, mais son appendice tarsien est à moitié déchiré, il a besoin de soins et de se le faire recoller. Il n’est pas de taille à livrer bataille;
Il se laisse harponner.
Le comptable, lui prodigue tous ses soins, et ferme la fenêtre rageusement
Le silence et la paix règnent à nouveau sur le domaine du comptable acharné et modèle.
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