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ET PUIS … DE LA PROSE
I
DÉSERT
J’ai laissé loin derrière l’oued et l’oasis, les cailloux qui roulaient sous mes pas incertains, l’eau fraîche qui calmait mes pieds endoloris, et le chant du jeune pâtre occupé à ses bêtes … Le bruit du linge battu sur la pierre large et chaude, et la femme psalmodiant des heures, agenouillée devant un tas de linge qu’elle s’échine à laver. Puis tout en s’inclinant, se presque couchant sur l’onde, comme pour se mirer, elle tendait à pleines mains les toiles colorées qui dans l’eau ondoyaient, prêtes à s’échapper dans les courtes vaguelettes douces et savonneuses du courant.
J’ai laissé, loin derrière, le ksar d’argile rouge, adossé dans le creux de la butte rocheuse, un joyau émergeant du ventre de la terre, droit et fier et drapé d’impavide vigilance depuis maints et maints lustres, dans la fournaise du jour et le froid implacable, ce tourment de la nuit.
J’ai laissé derrière moi le chant des passereaux, les palabres des hommes, les rires des enfants, et je m’en suis allée au-devant du Désert, rencontrer à mon tour le gentil Petit Prince, et le mouton bouclé, la rose d’aubépine, et l’amour dans mon cœur qui s’était envolé, afin de réveiller dans mon sein assoupi, ce muscle essentiel qui avait oublié pourquoi il était né.
Je me suis avancée dans cette solitude, écrasée de lumière et de profond silence …
La chaude haleine du vent lapait les grains de sable, imprimant sur les dunes des frissons infinis, vagues ondoyantes en traces serpentines, s’avançant en rampant sur les ergs assoupis.
Chaque crête, chaque val de l’infini Désert, est un grand sablier d’où s’écoulent les grains de l’éternel Temps. Mille pensées semblables à ces grains, en une même et seule gravité glissent et s’enlisent au profond de mon âme, réceptacle douloureux d’une peine infinie, qui repose en mon sein d’éternité nourri .
Cannes le 20 Juin 2011
M.A.B.M.
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