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POÈMES À LA SUITE
XXIX
LA VOILE
Ma voile par le fond, gît, pleurant les étoiles
Qui l’ont guidée si bien aux voûtes boréales,
Celles qui enchantaient le Ciel du nouveau monde,
Que mon jeune cerveau, aux songes que je sonde,
Rêvait de découvrir. Ô mers inviolées,
Teintées d’étranges bleus, d’améthystes voilées …
La tempête, parfois, lui insufflait l’élan,
La drossant sous un ciel d’ébène menaçant,
Vers des lieux secrets et des terres rêvées,
Où la brise emporte des odeurs emmêlées
De parfums inconnus qui surprennent les sens,
Là où tout est benjoin, or et myrrhe, et encens,
Où la soie se déroule en étoffes brillantes,
Exaltant toutes les rêveries scintillantes !
Voile, ma confidente et compagne, ma sœur,
Toujours as étendu sur moi ombre et fraîcheur,
Sous ses poussées, chanté la turbulente Éole,
Aux caresses gémi; ô ma blanche frivole !
Comme je retournais d’une terre promise,
D’un de ces songes fous, par une nuit exquise,
Je vis un bataillon de noires nues en rage,
Plus sinistre que le fond du vieux puits au Mage,
Soufflant vents tournoyants, creusant des trous immenses,
Chahutant mon esquif sur des lames intenses.
Il lutta tant qu’il pût contre la houle forte,
Hautes vagues fuyant, tombant dans la cohorte,
Qu’à la fin il gîta si dangereusement
Que le mât s’arracha, la voile mêmement.
Les vagues s’engouffrant au profond de l’abîme,
Pour l’oubli éternel engloutit sa victime.
Page 32
Cannes le 03 Février 2013
M.A.B.M.
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