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ET PUIS … DE LA PROSE
VI
PLAGES DU BOUT DU MONDE
De semblables paradis, je ne m’en suis approchée qu’en rêve, oui, toujours, sauf une seule fois, à La Isla de las Mujeres au Mexique, dans le golfe du Yucatan en 1963.
Des souvenirs inoubliables pour une station de seulement une paire d’heures, à promener sur la plage de sable nacré, bordée de cocotiers de carte postale, dont quelques uns, les pieds dans l’eau, se baissaient en rampant en signe de déférence, inclinant bas la cime comme pour saluer les heureuses épousailles de la mer et du ciel.
D’impressionnantes tortues marines traçaient le sable humide, contournant péniblement d’énormes noix tombées au bord de l'eau, dont certaines prenaient déjà racine en pointant une insolente palme défiant l'intensité du pur azur.
Ce paysage idyllique et calme, d’une beauté à vous couper le souffle, me paralysait la pensée et les jambes.
L’île mesurait à l’époque cinq cents mètres de large sur sept kilomètres de long, avec tout au bout de sa terre, un petit temple dédié à X CHEL, déesse Maya de la Lune et de la Fertilité.
Les autochtones y vivaient au trois quarts nus, dans un éden de cocotiers et de ciel bleu, dormant dans des hamacs tendus à perpétuelle demeure, entre les troncs blancs de palmiers élancés et toniques pour certains, légèrement inclinés et alanguis pour d’autres.
Pas de cahute, pas de case, pas de paillote ni d’hôtel, pas de restaurant, pas d’office du tourisme ! Rien qui puisse rappeler la civilisation turbulente de l’homme moderne qui n’avait pas encore pénétré ici.
Le gouvernement Mexicain, dans sa grande sagesse, désirait à tout prix protéger cette ancienne Civilisation d’avant la conquête Espagnole.
Pas de route, et bien entendu pas de voiture, ni de moto et bicyclette, pas de boutique d’artisanat, pas d’épicerie ou de comptoir, pas une buvette ni même un banc pour reposer.
Seules quelques barques sur le flanc, en position de sieste aux pieds des cocotiers, sous leur ombre ondoyante, attendaient le bon vouloir des hommes pour les mener à une pêche facile sur une mer étale, aux eaux de pâle turquoise, riches de promesses …
Le Paradis ! Le vrai … parfumé de suaves senteurs, d’odeurs tièdes de feu de bois, de la très évanescente et légère brume du large, et sur l’air glissaient en écho, les vocalises des toucans, perruches et autres perroquets dont les tailles extraordinaires et les plumes multicolores nous éclaboussaient l’œil.
Sur cette île, il n’y pleut que vingt quatre heures dans une année.
Et justement, ce jour là, il a bruiné.
Oh ! Bien légèrement, pendant la traversée que nous avons supportée au moins une bonne heure, temps que nous mîmes pour couvrir une dizaine de miles sur une lourde barque sans confort et sans toit, dont la coque peu stable, aux bancs de bois sans moleskine, était mue par un moteur bruyant, poussif et peu rassurant.
Nous nous y sommes installés à quinze, mais il n’était pas question de débarquer en horde désordonnée et bruyante, pour ne pas envahir et déranger les gens du cru, qui vivaient en dehors de la modernité, comme aussi bien du reste du monde, en vrais robinsons …
J’ai eu le cœur au bord des lèvres durant les traversées aller-retour, à cause de cet affreux mélange d’odeurs de fioul, de graisse de moteur et d’embrun, qui me tournait déjà le cœur lorsque, petite fille, avec sœurs et parents, nous traversions en Ferry le Détroit de Gibraltar.
J’ai découvert aujourd’hui, sur Google-Earth, que l’île, oh miracle, s’est agrandie, et développée sur un kilomètre de large et huit de long, offrant de très nombreux hôtels et restaurants, et que l’on peut, de plus, y accéder par ferry et avion !
Et me direz vous, ce si rare et très précieux microcosme d’Indiens Mayas, que devient-il ?
Je ne saurais vous répondre, n’étant depuis, jamais plus retournée dans ces contrées merveilleuses et inoubliables.
Je pense, qu’il a très certainement disparu dans l’infernale et vertigineuse tourmente des voyagistes et promoteurs immobiliers, qui ont fort probablement, et malheureusement défiguré irrémédiablement le site.
J’ai le cœur serré, à la pensée des coutumes et bonheurs perdus de ce tout petit peuple de pêcheurs, sage, discret et fier, qui dormait, comme ses ancêtres, à la belle étoile sous les palmes nourricières et protectrices des grands cocotiers, dans cet Éden paradisiaque.
Et j’en garde un souvenir débordant de poésie, de parfums et d’émotions intenses, comme cette étrange et fabuleuse sensation, en débarquant dans l’île, de la découverte, émerveillée, de mon premier matin du monde.
Pages 6 à 9
Cannes le 11 Mars 2012
M.A.B.M.
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