|
MÉLANCOLIES
XXIX
LES SECRÈTES AIGUES-MARINES
DU PAKISTAN
Les fées ont cajolé ces pierres fabuleuses,
Dans l’absolu secret de fusions ombreuses,
Les protégeant au creux des montagnes hautaines,
Dans ces profondes nuits troublées et souveraines
De millénaires où, benjamines au pli
De veines en caprice et fluides d’infini,
Filles des profondeurs des abysses marines,
Où elles jouaient sans fin dans leurs eaux cristallines,
Quand les feux des volcans les hissèrent aux cieux,
Sous la glace des monts les plus vertigineux,
Les installant ainsi le front dans les nuages.
Et là-bas, tout en bas, dans la vallée d’ancrage,
L’homme à la dure vie escompte sans épargne
À gravir cette rude et abrupte montagne,
Divinité régnant au-dessus des abîmes,
En force pénétrer la déesse des cimes,
À lacérer ses flancs, déchirer ses entrailles,
Violer ses secrets dans ses tièdes failles,
Ses veines piocher, les accoucher écloses
Des gemmes assoupies dans leurs gangues de roses,
Jaillissements brutaux dessous la barre à mine,
À la faible lueur d’une flamme languide.
Et il faudra, plus tard, gratter jusqu‘à la peur,
À l’acide brosser, et rincer sans langueur
D’une eau de pur cristal, ne faisant pas défaut,
Provenant de la neige amassée à pleins sceaux,
Mise à fondre sur feux de petite fortune,
Pour enfin dévoiler leur beauté sous la lune.
Alors, viendront fleurir des jets d’aigues-marines,
Essaims hexagonaux d’éclosions intimes,
Bases translucides d’éclairs harmonieux,
Oeuvres précieuses du Grand Maître des Cieux,
Aux têtes dépolies et habitées de givre,
Bleutées divinement d’un pâle qui enivre,
Traversées de légers voiles flous d’émeraude,
Captives déités qu’un seul regard corrode.
Vois cet homme en bonheur, à l’âme émerveillée,
Tenant au creux brûlant de sa paume entaillée,
Réceptacle engourdi des gemmes de demain
Pesant de l’espoir fou d’un plus sûr lendemain,
Déjà illuminé d’une aurore plus belle.
Page 45
Cannes, le 17 Juin 2008
M.A.B.M.
Droits Réservés
|